Le projet Behind the Scenes Sénégal a été présenté au Musée Théodore Monod d’Art africain de l’Ifan-Ucad. La restitution met en évidence plusieurs difficultés dans les industries culturelles et créatives, notamment l’accès inégal aux opportunités, les limites du cadre juridique et les incertitudes liées au financement public. Ces déséquilibres s’inscrivent dans un secteur où les rapports de pouvoir restent marqués par une forte domination masculine. Dans le théâtre sénégalais, des figures comme Alioune Badara Bèye et Marouba Fall ont longtemps occupé une place centrale, illustrant la difficulté pour les femmes de s’imposer dans les espaces de création, de décision et de reconnaissance.
La recherche s’est intéressée à la place des jeunes femmes dans la chaîne de valeur culturelle. Leur présence croissante dans les métiers artistiques ne garantit pas un accès équivalent aux postes de responsabilité, aux ressources, aux financements, à la formation ou à la reconnaissance. Cette position minorée contribue aussi à les exposer davantage à des conditions de travail précaires et à des expériences de harcèlement sexuel. Comme le rapporte dakar92, Ousmane Faye, chercheur principal au Laboratoire de recherche sur les mutations économiques et sociales (Lrem), a déclaré que 75 % des jeunes femmes actives dans le secteur avaient vécu une telle expérience selon la définition large retenue par l’enquête.
Avec une définition plus classique, la proportion tombe à environ 26 % des femmes interrogées. Les chercheurs ont croisé des données qualitatives et quantitatives avec la méthode participative « photovoice », fondée sur le récit d’expériences à travers l’image. Au Sénégal, le travail a été conduit par le Lrem de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar avec l’Institut supérieur des arts et de la culture. Amy Kébé Mané, représentante du recteur de l’Ucad, a souligné la portée institutionnelle de cette initiative et le rôle de la Direction de l’inclusion, du bien-être et du développement humain créée au sein de l’université. Treize chercheurs âgés de moins de 35 ans ont participé à l’étude, dont dix femmes.
