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Les disparités de genre dans le théâtre sénégalais (journaliste Mame Famew Camara)

Le théâtre sénégalais occupe une place importante dans la construction de l’espace public et du débat citoyen depuis l’indépendance. Dès 1965, le président Léopold Sédar Senghor fonde le Théâtre national Daniel Sorano, conçu comme un instrument de « conscientisation nationale ». Le théâtre devient alors un espace privilégié de mise en scène des débats politiques et sociaux, où les dramaturges jouent le rôle de médiateurs entre l’État et la société.Cette dimension institutionnelle se renforce sous la présidence d’Abdoulaye Wade avec l’inauguration, en 2011, du Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose. Au fil des décennies, plusieurs figures masculines se distinguent dans le paysage théâtral sénégalais. Parmi elles, Alioune Badara Bèye, dont les œuvres interrogent la mémoire coloniale et les enjeux de gouvernance, ainsi que Marouba Fall, reconnu pour ses textes critiques portant sur les injustices sociales et les contradictions du pouvoir.Malgré cette vitalité artistique, les femmes demeurent longtemps quasi absentes de la dramaturgie sénégalaise d’expression française après l’indépendance. Les normes sociales et éducatives les cantonnent souvent à une position de réserve, limitant leur accès à une pratique artistique publique et politique.Depuis les années 2000, de nouvelles voix féminines émergent cependant sur la scène théâtrale. Mame Famew Camara, auteure de L’Islam en Afrique (2022) et Au-delà du confinement (2024), inscrit son travail dans une réflexion sur la religion, la société et l’identité féminine. De son côté, la dramaturge franco-sénégalaise Penda Diouf, à travers des œuvres telles que La Grande Ourse et Noire comme l’or, interroge la mémoire africaine et les réalités de la diaspora. Ces dramaturges contribuent à renouveler les représentations féminines sur scène en créant des personnages rebelles et non victimistes. Elles contestent les stéréotypes de genre et affirment une présence nouvelle dans un univers longtemps dominé par les hommes.

Cette progression demeure néanmoins limitée au sein des institutions culturelles. La présence des femmes à la tête des grandes structures théâtrales reste rare. Seules Youma Fall, au Grand Théâtre dans les années 2010, et Oumy Diakhaté, à la direction du Théâtre national Daniel Sorano en 2025, ont accédé à ces responsabilités.

Le théâtre sénégalais illustre ainsi une double dynamique. D’un côté, il demeure un art politique largement masculin, historiquement lié aux institutions et aux luttes sociales. De l’autre, il connaît l’émergence de dramaturges féminines qui transforment la scène en espace d’affirmation, de création et de contestation des normes de genre!– wp:paragraph –>

Cette évolution participe à une reconfiguration du rôle des femmes dans l’espace public sénégalais en leur offrant une voix dans un domaine longtemps réservé aux hommes.

Références académiques
Myriam Mallart Brussosa, « S’exposer au théâtre : l’émergence de dramaturges sénégalaises », Çédille: Revista de Estudios Franceses, n° 24, 2023.
Luisa Montes Villar (coord.), La puissance des consciences éveillées : écrivaines du Sénégal en langue française, 2023.
Yaya Sédar Goudiaby, « Le théâtre africain comme vox populi », Université Assane Seck de Ziguinchor, 2021.


Mame Famew Camara Journaliste, écrivaine

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