BCEAO : télécoms et fintechs avancent vers le crédit, le cadre prudentiel en débat

Lors de la recomposition du secteur financier ouest-africain, les opérateurs télécoms et les fintechs ne se limitent plus aux paiements mobiles. Ils cherchent désormais à capter les dépôts et à accorder des crédits pour leur propre compte, deux activités traditionnellement associées aux banques.

La progression des télécoms et fintechs vers la banque s’appuie sur leur implantation dans les usages quotidiens. Dans les huit économies de l’UEMOA, les portefeuilles électroniques comptent davantage d’utilisateurs actifs que les comptes bancaires classiques. Dans plusieurs pays, les transactions de mobile money dépassent aussi l’activité de détail des banques commerciales.

Comme l’écrit Financial Afrik, cette évolution, également signalée par Africtelegraph, crée une différence entre les régimes de contrôle. Les banques agréées doivent respecter des exigences de fonds propres, de liquidité, de provisionnement et de gouvernance. Elles sont également surveillées par la Commission bancaire. Les émetteurs de monnaie électronique et les fintechs relèvent, à l’origine, d’un dispositif conçu pour les services de paiement.

Le financement sur ressources propres change toutefois le niveau de risque. Un acteur qui transforme des dépôts en prêts supporte un risque de crédit et de liquidité proche de celui d’une banque, sans disposer nécessairement des mêmes protections prudentielles. Cette situation alimente le débat sur la stabilité financière et sur l’équité entre nouveaux entrants et établissements historiques.

Le dossier comporte aussi un enjeu de souveraineté financière. Les principaux groupes télécoms présents dans l’UMOA appartiennent à des ensembles internationaux dont les centres de décision sont situés hors de la zone. Une part croissante du financement de l’économie régionale pourrait ainsi dépendre d’acteurs extérieurs.

La BCEAO dispose de plusieurs options. La première appliquerait le principe selon lequel une même activité et un même risque doivent relever des mêmes règles : la collecte d’une épargne stable destinée au crédit entraînerait alors un statut bancaire. Une autre consisterait à créer une catégorie de banque numérique avec des obligations adaptées, mais des ratios prudentiels alignés sur ceux des banques.

Une troisième piste viserait à séparer les activités de paiement, de crédit et d’assurance exercées par les plateformes technologiques. Les banques traditionnelles sont également invitées à revoir leur expérience client, leurs tarifs et leurs partenariats avec les fintechs.

Au Sénégal, l’encours de monnaie électronique atteignait 571 milliards de francs CFA au 21 août 2026, dont 459 milliards pour Wave et 106 milliards pour Orange Money Sénégal.

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