La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) abordent un nouvel épisode monétaire sous haute tension. Les deux institutions, garantes de la parité fixe entre le franc CFA et l’euro, scrutent les prochaines décisions de la Banque centrale européenne (BCE) qui pourrait assouplir ses taux pour relancer une économie européenne affaiblie.
Cet arrimage impose une mécanique contraignante. Lorsque la BCE relève ses taux, les capitaux peuvent fuir vers la zone euro, plus rémunératrice. La BCEAO et la BEAC sont alors contraintes de suivre pour éviter d’éroder leurs réserves de change, logées auprès du Trésor français. Mais cette discipline a un prix : le renchérissement du crédit, qui pèse sur les entreprises et les États, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire, moteurs de l’UEMOA. Face à ce coût, des montages innovants émergent : la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et Proparco ont ainsi bouclé une transaction croisée euro-franc CFA de 200 millions d’euros pour financer le secteur privé régional, illustrant la recherche de solutions pour contourner le verrou du taux d’intérêt.
Des réalités économiques aux antipodes
Si les deux banques partagent le même cadre, leurs contextes divergent. La zone UEMOA, portée par une croissance robuste, fait face à des besoins massifs de financement pour ses infrastructures. Les taux sur le marché des titres publics y atteignent des sommets, grevant les budgets nationaux. La BEAC opère, elle, dans une CEMAC dépendante des hydrocarbures et encore fragile. La reconstitution des réserves, priorité imposée par le FMI, laisse peu de place à un assouplissement non maîtrisé.
En 2025, l’inflation dans l’UEMOA est pourtant retombée à 0 %, une désinflation rapide attribuée à la baisse des cours mondiaux et à une excellente campagne agricole. Mais les chocs alimentaires et énergétiques, amplifiés par les tensions sécuritaires au Sahel et dans le bassin du Congo, maintiennent une menace sur les prix. La prudence reste donc de mise.
Des leviers pour éviter la rupture
Les gouverneurs ne sont pas démunis. Sans modifier le taux directeur principal, ils peuvent agir par les opérations d’open market, les appels d’offres hebdomadaires ou la modulation de la facilité marginale de prêt. La BCEAO a déjà utilisé ces outils pour assécher la liquidité sans annonce fracassante. Une détente coordonnée pourrait soulager le crédit bancaire, dont les volumes peinent à retrouver leur niveau d’avant 2022.
Les prochaines réunions des comités de politique monétaire d’Abidjan et de Yaoundé s’annoncent décisives. Selon Financial Afrik et Africtelegraph, la BCEAO et la BEAC s’apprêtent à arbitrer dans les semaines à venir un choix qui testera leur capacité à affirmer une voie propre, sans rompre l’arrimage à l’euro.

