Comment célébrer la Tabaski quand les routes vers le reste du pays sont devenues trop risquées ? À Bamako, de nombreux habitants ont renoncé cette année à rejoindre leurs familles pour l’Aïd al-Adha, une rupture dans un pays où cette fête est aussi un moment central de retrouvailles.
Depuis la fin avril, des combattants de la branche sahélienne d’Al-Qaïda ont installé des barrages sur les grands axes menant à la capitale malienne. Des autobus et des camions de marchandises ont été incendiés, et les images de véhicules calcinés ont poussé de nombreux transporteurs à suspendre leurs rotations. Selon des témoignages recueillis par l’AFP et relayés notamment par Yahoo, des habitants de Bamako qui rentraient chaque année à Mopti, Ségou ou Sikasso ont finalement choisi de rester sur place, jugeant la route trop dangereuse. Le blocus n’est pas total, mais il suffit à désorganiser les départs de fête.
Cette pression sur les routes a pris de l’ampleur depuis le 30 avril, avec un encerclement routier attribué au JNIM autour de Bamako. Une dizaine de grandes compagnies ont déjà suspendu leurs liaisons vers la capitale, et sur les six principaux axes, les grandes sociétés ne circulent plus. Quelques minibus continuent d’entrer dans la ville par des itinéraires détournés, parfois sous escorte militaire. À cela s’ajoute le manque de gazole, qui pèse sur les transporteurs au moment même où la demande est habituellement la plus forte avant la Tabaski.
Les conséquences se voient aussi sur les marchés à bétail. Les éleveurs et commerçants peinent à acheminer les animaux jusqu’à Bamako, principal bassin de consommation du pays. Le coût du transport d’un mouton, habituellement compris entre 2 500 et 2 750 francs CFA, est monté cette année entre 15 000 et 18 000 francs CFA. Des vendeurs disent avoir perdu des convois dans des incendies attribués à des jihadistes, tandis que des acheteurs assurent que des bêtes vendues auparavant à 75 000 francs CFA atteignent désormais 300 000 francs CFA. Dans un pays où le salaire minimum mensuel est de 40 000 francs CFA, cette hausse change directement la fête pour de nombreux ménages.
Le blocus déborde enfin sur la vie quotidienne de la capitale. Bamako fait déjà face à une pénurie de gazole, les arrivages étant orientés en priorité vers les centrales thermiques, ce qui alimente aussi de longues coupures de courant. La capitale est en même temps confrontée à un manque d’eau potable. Pour le public sénégalais, cette situation au Mali voisin rappelle à quel point les crises sécuritaires sahéliennes touchent désormais, au-delà des combats, les déplacements, l’approvisionnement et les fêtes religieuses elles-mêmes.