Bakary Bass Sakho charge Pastef : « L’Assemblée nationale ne doit pas être le théâtre d’une revanche politique »

«L’abandon du projet pour lequel les Sénégalais ont donné au Président une majorité, au profit de l’esprit revanchard : c’est ce qui se dessine sous nos cieux.

Je me permets de le relever avec gravité : le constat devient difficilement contestable. Le parti Pastef, qui s’est longtemps présenté comme le porte-voix des aspirations populaires et le défenseur des intérêts des Sénégalais, s’est progressivement éloigné des préoccupations concrètes de nos concitoyens pour consacrer une part croissante de son énergie à entraver l’action du Président de la République, pourtant élu pour répondre aux attentes et aux besoins du peuple sénégalais.

Lorsqu’une personne devient le centre de gravité d’une organisation tout entière, les conséquences peuvent être considérables. Tout finit alors par être appréhendé à travers le prisme de la confrontation, au risque de reléguer au second plan l’essentiel : le bien-être des populations, la satisfaction de leurs besoins et la mise en œuvre des politiques publiques attendues.

Aujourd’hui, le spectacle donné par l’appareil parlementaire interroge. Une partie de cette énergie institutionnelle semble être mobilisée non plus prioritairement pour accompagner le projet de transformation du pays, mais pour réduire les marges de manœuvre du Président de la République et de son Gouvernement. Si cette orientation devait se confirmer, elle traduirait un glissement préoccupant : celui d’une institution républicaine transformée en levier de confrontation politique, au service de frustrations et de calculs de positionnement.

Les initiatives parlementaires qui se succèdent nourrissent légitimement cette interrogation. Qu’elles soient présentées sous le registre du contrôle de l’Exécutif, de la transparence, de la séparation des pouvoirs ou de la réforme institutionnelle, elles doivent être appréciées à l’aune de leur finalité réelle, de leur cohérence d’ensemble et de leur impact sur la capacité de l’État à agir.

Pris isolément, chacun de ces textes peut naturellement être défendu au nom des principes démocratiques. Mais c’est leur accumulation, leur temporalité et surtout leur articulation avec le contexte politique actuel qui interpellent. Une Assemblée nationale forte est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie ; une Assemblée nationale érigée en instrument de confrontation permanente risquerait, en revanche, d’affaiblir durablement nos institutions.

C’est précisément là que se situe le malaise.

Depuis l’éviction politique du président de Pastef de la tête de l’Exécutif, nombreux sont ceux qui ont le sentiment que le débat public s’est progressivement déplacé du terrain du projet vers celui du rapport de force. L’impression qui se dégage est que certaines initiatives parlementaires viseraient moins à répondre aux urgences nationales qu’à restreindre les marges d’action du Président de la République et de son Gouvernement.

Les Sénégalais attentifs, observateurs et soucieux de l’avenir de leur pays ne sont pas dupes. Ils peuvent légitimement s’interroger sur une stratégie qui donnerait le sentiment de vouloir faire obstacle à un Président engagé dans une politique de redressement, de rationalisation de la gestion publique et de sortie progressive des mécanismes qui ont conduit notre pays à une situation d’endettement préoccupante.

Nous serions alors face à une dérive particulièrement préoccupante : celle d’un Parlement qui ne se concevrait plus prioritairement comme l’expression de la souveraineté populaire, mais comme le prolongement institutionnel d’un affrontement politique personnel.

Or, l’Assemblée nationale n’appartient ni à Pastef, ni à son groupe parlementaire, ni à une quelconque personnalité politique. Elle appartient au peuple sénégalais. Elle est une institution de la République, investie d’une mission constitutionnelle, et non le théâtre d’une revanche politique.

Le pouvoir parlementaire doit contrôler, légiférer, proposer, amender et, lorsque l’intérêt général l’exige, s’opposer. Mais il doit toujours avoir pour boussole l’intérêt supérieur de la Nation. Le contrôle de l’Exécutif ne saurait se muer en obstruction systématique ; la séparation des pouvoirs ne saurait dégénérer en guerre des pouvoirs ; et une majorité parlementaire ne saurait confondre sa supériorité numérique avec une licence pour entraver l’action du Président de la République.

Le plus préoccupant serait que la puissance institutionnelle de la majorité parlementaire soit utilisée pour solder des comptes politiques, assouvir des frustrations ou prolonger des rivalités personnelles. Une telle conception de la politique serait en contradiction avec les principes mêmes au nom desquels le projet avait été présenté aux Sénégalais.

Le peuple n’a pas élu une Assemblée nationale pour qu’elle devienne le champ de bataille des frustrations politiques. Il l’a élue pour qu’elle défende ses intérêts.

Les Sénégalais peuvent désormais observer cette étrange dérive comme on observe un navire qui, au milieu de l’océan, aurait perdu sa boussole : beaucoup de mouvements, beaucoup de bruit, beaucoup de manœuvres, mais une question demeure — quelle direction pour le pays ?

Car la question essentielle reste entière : et le peuple, dans tout cela ? La réponse est là : le peuple est le cadet de leurs soucis. Il ne resterait désormais qu’à suivre aveuglément les caprices d’un individu, quitte à sacrifier les intérêts des populations.

Le Président de la République prendra ses responsabilités en exerçant pleinement ses prérogatives constitutionnelles, afin de remettre au cœur des préoccupations l’intérêt des Sénégalais et celui de la République.»

Bakary Bass SAKHO
-Juriste – maître en sciences juridiques
-Kiiraay

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4 commentaires

  1. ON NE PEUT PAS PARLER DE REVANCHE MAIS PLUTÔT UNE ASSEMLEE DE RUPTURE CONFORMEMENT AUX PROMESSES ELECTORALES EN VERS LES 54%DES COMPATRIOTES.

  2. Où se trouve ce soit disant blocage, l’assemblée nationale souhaite qu’on revienne sur les propos qui font qu’on avait voté pour les élire, c’est tt simple mais les opposants d’hier veulent en bonne et due forme obstruer cela

  3. Que des imbéciles !!! Comment parler de revanche alors que toutes ces réformes figurent dans le programme Diomaye promis aux électeurs ? Sénégal pays de naafekh à l’image de cet énergumène qui cherche le buzz.

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