Alumni Konrad Adenauer : constat d’une fragilisation de l’État de droit et de la gouvernance au Sénégal, appel aux jeunes

La régularité des élections ne suffit pas à rassurer sur la solidité démocratique du Sénégal. Réunis à Dakar le samedi 12 septembre 2026, les membres du Réseau national des alumni de la Fondation Konrad Adenauer ont évalué le fonctionnement des institutions, la justice, la corruption, les libertés publiques et la place grandissante de la jeunesse dans la vie politique.

Cette interrogation s’inscrit dans un débat public traversé par des lectures alarmistes de la situation institutionnelle. Depuis 1963, le système politique sénégalais repose sur un Exécutif hypertrophié, devenu le centre de gravité de la décision publique. La concentration du pouvoir autour de la fonction présidentielle constitue ainsi une faiblesse persistante, alors même que le Sénégal a bâti sa réputation sur la stabilité de ses institutions et la régularité de ses élections.

La démocratie sénégalaise a été examinée par les alumni de la Fondation Konrad Adenauer au cours d’un forum consacré au leadership démocratique, à l’État de droit et à la gouvernance. Le coordonnateur national du réseau, Dr Jean Bernard Diatta, a évoqué une « fragilisation progressive de l’État de droit et de la gouvernance au Sénégal ». Il a aussi défendu l’émergence d’un « leadership juvénile », alors que les jeunes occupent une place croissante dans l’espace politique.

Lors du panel consacré au leadership et à l’État de droit, les intervenants ont estimé que l’évaluation de la démocratie devait dépasser la seule existence des institutions et l’organisation régulière des scrutins. Le politologue et chercheur à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Djiby Ndiaye, a invité à observer la trajectoire du pays et le fonctionnement concret des mécanismes institutionnels. La crise de 2024, marquée notamment par le report de l’élection présidentielle, a été citée comme un test de leur solidité. La décision du Conseil constitutionnel et la tenue du scrutin ont illustré, selon lui, le rôle des mécanismes de contrôle dans le règlement des crises politiques. « Le Sénégal est en perpétuelle recherche de la démocratie », a-t-il résumé (lesoleil).

Les tensions autour du projet de révision constitutionnelle de PASTEF ont également nourri cette vigilance. Le Réseau des Cadres du Mouvement SÉNÉGAL BI ÑU BOKK – France a condamné le texte et s’est interrogé sur l’absence de prise de position du président de la République. Ces prises de position rappellent que l’enjeu ne porte pas seulement sur la conformité juridique des réformes, mais aussi sur l’équilibre des pouvoirs et la capacité des institutions à résister à la concentration de la décision présidentielle.

Les débats ont également porté sur la justice, la lutte contre la corruption, la liberté de la presse et les libertés publiques. Les participants ont appelé à examiner la gouvernance à partir de la réalité des institutions et de la protection effective des droits, plutôt qu’à travers les seuls classements internationaux.

La discussion a ensuite pris une dimension continentale. Alassane Dione, enseignant vacataire en sciences politiques à l’Ugb, a évoqué la mobilisation croissante de la jeunesse africaine, la contestation de certains régimes, la mal gouvernance et les stratégies de conservation du pouvoir. Les échanges ont aussi mentionné la dépendance persistante de plusieurs pays africains vis-à-vis de partenaires extérieurs.

Le Réseau national des alumni de la Fondation Konrad Adenauer entend formuler des recommandations à l’attention des décideurs publics sur le renforcement de la démocratie, de l’État de droit et de la gouvernance au Sénégal. Alassane Dione a qualifié cette situation de « mal-être africain ».

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