Allemagne : malgré le soutien logistique à Washington, Berlin exclut une mission de combat à Ormuz

Le différend entre Donald Trump et le chancelier allemand Friedrich Merz au sujet de la guerre en Iran s’est élargi à la relation entre Berlin et Washington, sur fond de redéploiement militaire américain et de débat sur l’autonomie stratégique européenne. L’Allemagne, qui accueille encore environ 36.000 soldats américains, voit aussi monter la pression intérieure alors que la crise pèse sur son économie.

D’après Al Jazeera, la tension s’est accentuée après les critiques formulées par Friedrich Merz contre Washington. Le chancelier allemand a déclaré la semaine dernière que les États-Unis avaient été « humiliés » par leur échec à conclure un accord avec Téhéran, et il a accusé Donald Trump de n’avoir « aucune stratégie ». Dans la foulée, le président américain a annoncé le redéploiement de 5.000 soldats stationnés en Allemagne, dont, selon des informations de presse citées dans le contenu source, une brigade Stryker basée à Vilseck, en Bavière.

Le ministère allemand de la Défense a qualifié cette décision de « prévisible », tandis que Merz a affirmé qu’elle ne constituait pas une surprise. Deux élus républicains américains, Roger Wicker et Mike Rogers, présidents des commissions des forces armées du Sénat et de la Chambre des représentants, ont pour leur part fait part de leur « vive inquiétude ». Le retrait ramènerait les effectifs américains à un niveau proche de celui observé avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en 2022, ce qui pourrait limiter son impact opérationnel immédiat.

Un autre point de friction concerne le projet américain de déployer en Allemagne, à partir de 2026, des capacités de frappe à longue portée, notamment des missiles de croisière Tomahawk et des missiles SM-6. Lundi, le ministère allemand de la Défense a indiqué qu’il n’y avait pas eu de « cancellation définitive » de ce plan par Washington. Un porte-parole de la chancellerie a déclaré qu’il était important de développer des systèmes propres à l’Europe et à l’Allemagne.

En parallèle, Berlin a envoyé lundi un dragueur de mines et un navire de ravitaillement vers la Méditerranée, avec une destination annoncée vers le détroit d’Ormuz. Les autorités allemandes ont indiqué que ces bâtiments ne participeraient qu’à des opérations de sécurisation de la voie maritime après la fin des hostilités. Al Jazeera rapporte toutefois que les bases et infrastructures américaines en Allemagne ont été largement utilisées pendant la campagne américaine en Iran. Ramstein, plus grande installation américaine en Europe, sert de centre logistique et de transit, tandis que Stuttgart abrite notamment les commandements américain pour l’Europe et pour l’Afrique.

Le débat est aussi politique en Allemagne. Lea Reisner, élue du parti de gauche et membre de la commission parlementaire des affaires étrangères, a accusé le gouvernement de ne pas pouvoir se dire neutre tout en fournissant une infrastructure militaire et un soutien logistique. À l’inverse, Jurgen Hardt, député de la CDU de Merz, a déclaré à Al Jazeera qu’une « mission de combat » allemande dans le détroit d’Ormuz était « hors de question » sans mandat international et accord entre les parties au conflit. Selon Dominik Tolksdorf, du Conseil allemand des relations étrangères, la décision américaine s’inscrit dans un réalignement plus large de la politique de sécurité de Washington. Berlin a parallèlement annoncé son intention de disposer de l’armée conventionnelle la plus puissante du continent d’ici 2039, avec des dépenses de défense passées de 47 milliards d’euros en 2021 à 108 milliards d’euros aujourd’hui.

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