Ahmadou Al Aminou Lô, nommé en avril 2024 ministre, secrétaire général du gouvernement, a un parcours construit entre Louga, Saint-Louis, Dakar et la BCEAO. Ce profil prend un relief particulier au moment où le dossier de la dette est devenu l’un des enjeux les plus explosifs pour les nouvelles autorités : son arrivée au sommet de l’appareil d’Etat ne relève pas seulement d’un choix administratif, mais d’un besoin de maîtrise sur des sujets financiers devenus centraux.
Né à Louga en 1966, il est présenté comme économiste et banquier. Il est issu d’une famille d’érudits du quartier Keur Serigne Louga, son père étant maître coranique et fondateur de l’institut islamique Mar El Houda. Son cursus a d’abord combiné l’école primaire à l’école 1, aussi appelée école régionale de Louga, et les études coraniques, avant sa réussite au concours d’entrée de l’école militaire Charles Ntchoréré de Saint-Louis.
Cette étape l’a conduit au statut d’enfant de troupe, avec à la clé un baccalauréat série D obtenu en 1985, comme major de promotion avec la mention bien. La suite de son parcours s’est poursuivie dans les études supérieures en économie et en banque. Il est titulaire d’un diplôme d’études de techniques bancaires, puis d’un DEUG, d’une licence et d’une maîtrise en sciences économiques à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il a également obtenu un diplôme en finances islamiques à l’Université de Malaysia, un volet qui éclaire une partie de son profil dans les mécanismes de financement.
Recruté à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest en 1987 comme agent d’encadrement à l’Agence principale de Dakar, il a ensuite occupé plusieurs responsabilités jusqu’au poste de conseiller directeur national pour le Sénégal en 2016. C’est là un détail souvent peu relevé alors qu’il est décisif pour comprendre son positionnement actuel : il a accompagné le Sénégal dans ses négociations avec le FMI, ses émissions d’eurobonds et ses échanges avec les agences de notation. Autrement dit, il connaît de l’intérieur les circuits par lesquels l’Etat se finance, se présente aux marchés et défend sa signature.
Le même parcours mentionne aussi son implication dans le pilotage des relations entre les banques locales et les investissements étrangers destinés aux projets de développement des exploitations gazières et pétrolières au Sénégal, ainsi que dans l’application des mécanismes de la finance islamique. Il a également été membre du groupe de travail chargé de la feuille de route pour la monnaie unique dans l’espace CEDEAO et administrateur de la Caisse de répartition et de retraites des agents d’encadrement de la BCEAO.
Devenu secrétaire général de la BCEAO le 1er février 2024, Ahmadou Al Aminou Lô a quitté cette fonction deux mois plus tard pour être nommé ministre, secrétaire général du gouvernement, par le décret 2024-941 du 5 avril 2024. Sa trajectoire éclaire d’autant plus sa mise en avant que le pouvoir a traversé une séquence institutionnelle inédite : le président avait limogé le Premier ministre Ousmane Sonko et dissous le gouvernement, tandis que le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, démissionnait. Dans ce contexte de vacance simultanée à plusieurs étages de l’Etat, l’expérience d’un homme rompu aux dossiers financiers sensibles apparaît comme un atout politique autant que technique.