« Et ne mêlez pas le faux à la vérité, et ne cachez pas la vérité sciemment. » (Coran : Sourate Al-Baqarah, verset 42).
C’est à l’enseigne de cette injonction divine que nous prenons la plume, pour écrire le testament de notre outil de travail. AIBD/SA est condamnée à une mort certaine, planifiée sournoisement par des politiciens qui n’ont rien à envier aux Parrains de la Cosa Nostra.
Après la fusion de l’ex-ADS (Agence des Aéroports du Sénégal) et de l’ex-AIBD SA, actée par le décret n° 2021-746 du 10 juin 2021, nous étions seulement 275 agents.
L’harmonisation des statuts aurait pu se faire sans anicroche, à ce moment précis de l’histoire. Aujourd’hui, nous n’en serions pas à traîner ce boulet anachronique et paralysant : une entreprise, deux régimes sociaux différents !
Cette juxtaposition scandaleuse de deux conventions au sein d’une même entité, l’une plus avantageuse que l’autre, a fini par pourrir l’atmosphère de travail.
Cette anormalité qui perdure étonnamment a ouvert un boulevard à de dangereux et répugnants procureurs de salon, qui accusent leurs collègues d’être responsables de cette disparité honteuse !
Quelle hallucination ! Quelle ineptie !
Comment de simples travailleurs pourraient-ils être coupables d’une telle scélératesse, alors qu’une volonté politique sincère aurait suffi à balayer définitivement cette asymétrie qui porte atteinte à la cohésion dans l’entreprise ?
Mais au pays des folles rumeurs, des approximations débiles et de la « bouc-émissairisation » funeste, on peut colporter n’importe quels ragots : on trouvera toujours des simples d’esprit pour les avaler au premier degré, sans exiger la moindre preuve.
Quand la canicule devient insupportable, il faut casser le thermomètre pour faire baisser la température ! Quelle intelligence ! J’accuse le monstre froid, le véritable coupable : le décideur politique.
Celui-là même qui n’a jamais manifesté la volonté bien arrêtée d’aplanir cette dysharmonie et de donner à la nouvelle entité née de la fusion les moyens de poursuivre ses missions :
- Gestion unifiée du patrimoine aéroportuaire national ;
- Développement de projets d’infrastructures majeurs pour accompagner la stratégie de Hub sous-régional ;
- Développement du capital humain à travers la formation aux métiers de l’aviation civile.
Bref, la mission de la nouvelle structure était de faire du Sénégal le premier hub aérien et logistique d’Afrique de l’Ouest.
Très bien théorisé !
Assurément, le Sénégal est le pays des déclamations tonitruantes de projets éblouissants, portés par des slogans tape-à-l’œil. Mais le rêve sera de courte durée, la désillusion brutale ! Voyez-vous, nous avons un réseau de 14 aéroports et aérodromes régionaux à gérer. Douze d’entre eux sont inachevés ou fermés aux vols commerciaux.
Deux seulement fonctionnent régulièrement, et ils ne peuvent même pas générer le cinquième de la masse salariale de l’entreprise, qui compte aujourd’hui 800 agents.
Faut-il préciser que ces 800 agents seraient pourtant largement insuffisants si tous nos aéroports étaient opérationnels, portés par une véritable stratégie de démocratisation du ciel visant à rendre le voyage aérien accessible à tous !
Rentabiliser ces infrastructures régionales est pourtant une étape incontournable pour bâtir ce fameux hub ouest-africain.
Malheureusement, dès la naissance de l’AIBD issue de la fusion, ses principales sources de revenus — en l’occurrence la RDIA (Redevance pour le Développement des Infrastructures Aéroportuaires) et la Redevance de concession — ont été gagées auprès des banques.
Et Dieu sait que ces institutions financières ne sont ni des patriotes, ni des philanthropes. Ces énormes sommes d’argent, générées par des montages financiers toxiques et risqués, ont tout simplement été détournées de leurs objectifs. N’est-ce pas là une première criminalité létale, qui vise directement le système respiratoire de l’outil de travail ?
D’une entreprise autonome financièrement, on est arrivé, en un temps record, à la déchéance d’une entité sous perfusion du Trésor public. J’accuse le décideur politique d’avoir fermé les yeux sur cette délinquance financière mafieuse qui a sérieusement entravé les missions aéronautiques déclamées en grande pompe, et assignées à AIBD.
L’aéroport de Saint-Louis, entièrement rénové aux frais du contribuable, est livré pieds et poings liés à l’ASECNA, malgré les perspectives économiques prometteuses de la région Nord pour le trafic aérien. Idem pour l’aéroport de Ziguinchor : rasé et reconstruit flambant neuf, puis livré à l’ASECNA comme un trophée de guerre.
Et comme la folie transgressive n’a pas de limite et que notre seule réaction reste la sidération, voire la soumission servile, l’éviscération de la dépouille-AIBD continue de plus belle, devant nos yeux impuissants !L’aéroport de Yoff, le seul d’une capitale sénégalaise surpeuplée, est livré à l’armée nationale, au mépris souverain de la Direction générale de l’AIBD et de ses agents qui y travaillent depuis quasiment deux décennies.
Toute une vie !
Le décret n° 2017-2022 du 4 décembre 2017 dessine les sinistres contours du puzzle infernal qui projette d’euthanasier l’AIBD.
Il stipule en son article premier :
« L’Aéroport International Léopold Sédar Senghor de Dakar est transformé en Aéroport militaire dont la GESTION est assurée par l’Armée nationale, à compter du 08 décembre 2017 à 12H00 UTC. »
En filigrane de ce décret qui trahit une volonté de mise à mort de l’AIBD, le décideur — j’allais dire le sicaire politique — laisse apparaître ostensiblement son cynisme brutal :
« Il fait froid dehors, je vous aime bien, prenez cette infusion de cyanure, cela va vous faire du bien ! »
Voilà comment les Parrains politiciens se sont adressés aux travailleurs de l’AIBD.
Comment peut-on, d’une main de Machiavel, confier l’aéroport et sa GESTION commerciale à l’armée, et de l’autre perfide, faire croire à l’AIBD que sa mission reste la gestion et l’exploitation des aéroports ?
Au moment de signer cet arrêt d’euthanasie administrative, les Parrains politiciens savaient très bien qu’une direction générale de l’AIBD, gestionnaire des aéroports, se trouvait dans l’enceinte de Yoff.
Ils ont fait abstraction de l’exigence de justice sociale. Ils ont pris l’entreprise et ses 800 agents comme quantité négligeable !
Au lendemain de la fermeture de l’aéroport, nous avons souvenance de ce que les fourbes politiciens et leurs relais nous ont raconté pour nous lénifier.
J’étais alors moi-même rédacteur des rapports du conseil d’orientation de l’ex-ADS avant fusion : TOUT se discutait là-bas !
Une évaluation, non exhaustive d’ailleurs, de l’immense patrimoine de l’ex-ADS et des équipements aéroportuaires restés à Yoff avait été faite au cours de ces sessions.
Ce colossal patrimoine et les matériels réformés de l’aéroport fermé reviennent de droit à l’AIBD issue de la fusion.
Nous y reviendrons plus amplement dans un prochain article.
Aujourd’hui, nous sommes devenus des apatrides sur nos lieux de travail, que nous avons légalement occupés 18 ans durant !
Désormais, pour accéder à nos bureaux, il faut payer un titre d’accès de 10 000 F. Plutôt 2 000 F pour le reste de l’année 2026 !
Car un autre décret, au nom de la continuité aveugle et obtuse de l’État, est venu enfoncer le clou sur le cercueil de l’AIBD, le 18 mai 2026 : le décret n° 2026-1076 !
Les politiciens qui nous gouvernaient avaient mis l’AIBD sous assistance respiratoire.
Les messies d’aujourd’hui qui ont pourtant promis le « Jubanti », au lieu de rectifier par un retour d’expérience, ont tout simplement débranché l’assistance respiratoire !
La rationalité et le droit ne pèsent rien face à la logique transactionnelle de ces parrains désarrimés de la cause du peuple.
Décidément, la vie peut nous réserver des surprises hallucinatoires !
Nous comprenons les nouvelles exigences sécuritaires de l’infrastructure devenue aéroport militaire par le fait du prince.
Mais l’armée a toujours cohabité dans les aéroports du Sénégal, en bonne intelligence, avec le gestionnaire aéroportuaire, depuis l’ANS jusqu’à l’ADS !
Si, dans la rédaction de son décret assassin, le décideur politique avait le moindre souci humaniste de maintenir à flot l’AIBD et ses centaines de travailleurs, mères et pères de familles, il aurait pu confier la sécurité de l’infrastructure à l’armée et l’exploitation commerciale à l’AIBD, dont le cœur de métier est la gestion aéroportuaire.
Alors, l’avenir aéronautique de l’AIBD ne serait pas ainsi obstrué !
Plusieurs agents commerciaux de l’agence, qui enfilent des perles aujourd’hui, auraient pu être assignés au développement et à l’exploitation commerciale de l’infrastructure.
Même sous la supervision de l’armée, nous sommes preneurs !
La fermeture brutale de cet aéroport est d’ailleurs une bêtise politique lourde de conséquences.
Beaucoup de sang et des larmes ont coulé dans le sillage de ce geste totalement insensé.
Les dégâts collatéraux sont incommensurables !
D’ailleurs, le Président de la République, le Premier ministre et leurs invités de marque continuent, sans gêne, d’utiliser l’aéroport de Yoff pour décoller et atterrir.
Remarquez que Diass est trop éloigné pour eux qui ne sont jamais bloqués dans les embouteillages !
En revanche, les millions de Dakarois qui habitent le cœur de la capitale et ses quartiers périphériques sont condamnés à voyager nuitamment via Diass, à payer de fortes sommes d’argent pour rejoindre l’aéroport ou leurs domiciles, bravant ainsi tous les risques liés au voyage nocturne sur nos routes.
Si un patient en urgence absolue est évacué de Ziguinchor, de Cap Skirring ou de Saint-Louis, il lui faut 30 minutes pour rallier Diass par avion.
Mais parfois, hélas, il lui faut plus d’une heure en voiture pour atteindre les grands hôpitaux et cliniques où se trouvent les meilleurs spécialistes.
Quel paradoxe !
Avec cette fermeture insensée, plus de 1 000 emplois dits précaires ont été purement et simplement détruits, dans un pays où on avait promis à la jeunesse la création de 500 000 emplois par an à travers des programmes ambitieux comme « Xëyu Ndaw ñi ».
Le tissu économique s’est désagrégé dans tous les quartiers qui entourent l’infrastructure.
D’innombrables hôtels, restaurants, établissements de nuit, petits commerces du Gorgoorlou et entreprises de transport, qui étaient tous tributaires des ruissellements économiques de l’infrastructure, ont été littéralement foudroyés par cette fermeture absurde.
Seuls les politiciens, dans leur cynisme brutal et leur perversité abyssale, sont capables de telles folies !
Oh, peuple du Sénégal !
Ne vous lassez pas de faire tomber démocratiquement ces fourbes impudents !
Tant qu’ils useront de leurs ruses méphistophéliques pour accéder au pouvoir et ensuite vous narguer, ne vous fatiguez pas de provoquer leur dégringolade par les urnes — une sanction politiquement mortelle.
C’est de la légitime défense citoyenne !
Les agents de l’ex-ADS que nous sommes ont collecté l’argent pour construire l’aéroport de Diass.
Les agents de l’ex-AIBD que nous sommes ont supervisé les travaux de Diass.
Et par un mépris sans borne, vous n’avez rien trouvé de mieux pour les récompenser que de confier la direction du nouvel aéroport à des étrangers.
Quelle pusillanimité ! Quel défaitisme !
Quelle insulte aux compétences aéronautiques des nationaux qui ont géré de tout temps les aéroports du Sénégal !
Même la Mauritanie gère elle-même son ciel et ses aéroports !
Ne siphonnez pas cyniquement nos aéroports les uns après les autres pour, in fine, prononcer la mort cérébrale de notre outil de travail !
A-t-on idée d’euthanasier une entreprise de 800 agents au moment où le pays semble pris dans un brouillard opaque et cherche la trouée vers le haut ?
Rendez-nous nos aéroports, et vous allez voir ce que nous pouvons faire de notre outil de travail !
Il faut arrêter de nous essentialiser à travers le prisme de ceux qui ont mis l’entreprise, dans cette situation de détresse existentielle !
Euthanasier une entreprise qui a de réelles chances de survie et de rétablissement est un meurtre brutal et inhumain !
Il n’est jamais trop tard de bien faire.
Indignez-vous, chers collègues, si nous ne voulons pas mourir tous comme des « idiots de compétition » !
« L’oppression se nourrit du silence et l’information libre est une arme dans nos mains. » — François Mitterrand
« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent faire sans rien faire. » — Albert Einstein
« Si vous êtes neutre face à des situations d’injustice, vous avez choisi le côté de l’oppresseur. » — Desmond Tutu
Nous avons assurément la nostalgie du Pape sénégalais, récemment centenaire.
Le Pape du « Sopi » opportun !
Le Pape de l’audace !
Le Pape de la transgression positive !
Le Pape de l’hérésie progressiste !
Le Pape humaniste tout simplement !
God bless him !
ASS MALICK NDOYE
Agent AIBD
Secrétaire général SUDTRAS



