À l’occasion du dixième anniversaire de l’African Peace and Security Annual Conference (APSACO), le think tank marocain Policy Center for the New South (PCNS) a réuni experts et chercheurs à l’Université Mohammed VI Polytechnique de Salé. Les discussions de cette édition ont principalement tourné autour des dynamiques entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
Sampala Balima, directrice générale adjointe du Centre national d’études stratégiques du Burkina Faso, considère que la création de l’AES et le départ du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao représentent le changement sécuritaire le plus important de la dernière décennie. Selon elle, ce phénomène a divisé l’espace sécuritaire ouest-africain en deux zones distinctes. Garba Abdoul Azizou, chercheur associé au CECRI-UCL et ancien conseiller spécial du président nigérien Mohamed Bazoum, conteste cette vision. Pour lui, l’AES n’a pas transformé en profondeur la menace, et la réponse doit impliquer une coopération élargie incluant les pays de l’AES, ceux de la Cédéao et les États du Golfe de Guinée, rapporte Apanews.
L’efficacité des mécanismes régionaux a également été débattue. Sampala Balima a fait la différence entre coopération sécuritaire et sécurité collective, estimant que le modèle de défense collective de la Cédéao n’a pas donné les résultats escomptés. Elle a souligné que l’AES repose aussi sur un système de défense collective, créant une situation inédite où deux cadres coexistent face aux mêmes défis transfrontaliers. Pourtant, la réalité sur le terrain est préoccupante : l’Afrique de l’Ouest est la seule région du continent où plus d’un tiers des États sont dirigés par des militaires, et le sommet de l’AES a été qualifié de ‘grand-messe militaire’ où des chefs de juntes se félicitent tandis que leurs populations souffrent d’insécurité et de pauvreté. Cette illusion souverainiste contraste avec l’urgence sécuritaire.
Sharkdam Wapmuk, professeur à l’Académie de défense du Nigéria, a appelé à une intégration régionale renforcée, affirmant que les États africains sont « plus forts ensemble que divisés ». Sidi Mohamed Sidi, professeur de droit à l’Université de Nouakchott, a décrit l’expérience de l’AES comme une expression de « néo-souverainisme » et a estimé que l’avenir des relations entre les États sahéliens et les organisations régionales sera crucial pour la stabilité.
La possibilité d’un rapprochement a été abordée. Garba Abdoul Azizou a estimé qu’il est possible de renforcer l’Alliance sans rompre avec la Cédéao, évoquant même d’éventuelles « retrouvailles », tout en insistant sur la nécessité de différencier les États des régimes militaires. Sampala Balima a plaidé pour un dialogue permanent, jugeant peu probable la disparition à court terme de l’une ou l’autre organisation. Mais au-delà des discours, des voix s’élèvent pour réclamer une refonte en profondeur : Alioune Tine, figure de la société civile, a averti les dirigeants africains de la faille systémique de sécurité révélée par les attaques coordonnées de JNIM et du FLA au Mali, et propose un dialogue national au Mali pour une nouvelle transition politique inclusive. Par ailleurs, le ministère malien de l’Économie et des Finances a démenti les informations sur un lancement imminent d’une monnaie unique au sein de l’AES, rappelant que les projets concrets peinent à se concrétiser. La dixième édition de l’APSACO se poursuit jusqu’au 12 juin avec plusieurs panels consacrés aux enjeux de paix et de sécurité.
