Depuis deux ans, le narratif de l’Alliance des États du Sahel (AES) – regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger – s’articule autour d’une rupture assumée avec les anciennes tutelles occidentales. Les juntes au pouvoir ont misé sur de nouveaux partenariats stratégiques pour affirmer leur souveraineté. Pourtant, face à une situation sécuritaire qui se dégrade sur le terrain, la réalité diplomatique commence à s’éloigner des discours officiels.
Le pivot de cette nouvelle orientation sahélienne reposait jusqu’ici sur Moscou. Après le retrait des forces françaises et la réduction de la présence américaine, les autorités maliennes, burkinabè et nigériennes ont fait appel aux paramilitaires russes d’Africa Corps, successeurs de la milice Wagner. Les résultats sur le terrain ne suivent cependant pas les attentes. Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, les violences djihadistes n’ont cessé de croître depuis 2021. Le Sahel central concentre aujourd’hui plus de 40 % des décès liés au terrorisme à l’échelle mondiale, un chiffre qui a doublé en cinq ans.
Au Burkina Faso, près de la moitié du territoire échappe au contrôle de l’État. Au Mali, les attaques font régulièrement plusieurs milliers de victimes annuelles, tandis qu’au Niger, les violences armées ont connu une forte hausse depuis le changement de régime de 2023. Les opérations militaires souffrent de capacités logistiques limitées, et les pertes civiles fragilisent le discours d’un partenariat russe présenté comme la solution décisive.
Au-delà de l’aspect sécuritaire, la région reste un espace de compétition intense pour ses ressources naturelles. Le Niger dispose de réserves mondiales majeures d’uranium, tandis que le Mali et le Burkina Faso attirent les investissements miniers internationaux grâce à leur production d’or et à leurs gisements sous-explorés de lithium, de manganèse et de terres rares. Notre rédaction note que plusieurs puissances déploient leurs stratégies : la Chine intègre la zone à ses Routes de la soie, la Turquie multiplie les accords militaires et économiques, et la Russie cible les concessions minières en échange de son appui sécuritaire.
C’est dans ce contexte de contraintes économiques et d’impasse militaire que des rééquilibrages s’opèrent avec les pays occidentaux. Le 8 mars 2026, le haut fonctionnaire américain Nick Checker a annoncé sa visite à Ouagadougou. Le message de l’Administration de Donald Trump se veut diplomatique, affichant une volonté de respecter la souveraineté du Burkina Faso tout en discutant de nouvelles étapes de coopération sécuritaire et économique.
Plus marquant encore, des responsables américains indiquent que Washington est sur le point de finaliser un nouvel accord avec Bamako. Ce texte permettrait aux avions et aux drones américains de reprendre leurs missions de collecte de renseignements dans l’espace aérien du Mali.
Ces développements illustrent un décalage entre les revendications d’indépendance stratégique totale et les nécessités du terrain. Face à l’absence de résultats probants du partenariat russe et aux pressions internes liées aux difficultés économiques, les régimes de l’AES se retrouvent contraints de diversifier à nouveau leurs alliances, réintégrant progressivement les acteurs occidentaux dans leur architecture sécuritaire.