Vingt ans après la loi d’orientation, l’ANCAR s’attaque au vide institutionnel qui freine les producteurs

Depuis l’adoption de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale et halieutique en 2004, un pilier essentiel du texte était resté inappliqué. Plus de deux décennies après le vote de ce cadre juridique, l’Agence Nationale du Conseil Agricole et Rural (Ancar) a enclenché le processus pour combler ce retard structurel qui pèse sur le développement rural.

L’ambition affichée est de doter enfin le Sénégal d’une politique et d’une stratégie nationales cohérentes en matière de conseil agricole. Ce chantier, qualifié de stratégique par les acteurs du secteur, vise à corriger une anomalie persistante : l’absence de formalisation du conseil, pourtant prévu par le législateur il y a vingt ans. « Cette politique n’a malheureusement pas vu le jour », a rappelé El Hadji Faye, directeur général de l’Ancar, soulignant l’urgence d’aligner les pratiques de terrain sur la nouvelle vision Sénégal 2050 portée par les autorités.

**Une mobilisation pour structurer la profession**

Selon les informations relayées par Sud Quotidien, cette accélération s’est concrétisée à l’issue d’un atelier national tenu à Genève, réunissant consultants, ONG et organisations de producteurs. Sous la tutelle du ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, et du secrétariat d’État concerné, l’Ancar pilote désormais l’élaboration de ce document cadre.

Les travaux, basés sur une note de cadrage issue de consultations régionales, ont permis de dégager six axes majeurs. Parmi les priorités identifiées figurent la gouvernance du secteur et la clarification des rôles. L’objectif est d’éviter les chevauchements entre les multiples intervenants et d’assurer un pilotage efficace des interventions auprès des communautés rurales. La professionnalisation du métier de conseiller agricole constitue l’autre volet central, avec la mise en place attendue d’un référentiel de compétences et de mécanismes de certification.

**Le financement, nœud du problème**

Au-delà de l’organisation administrative, la question des ressources a dominé les débats. Les participants ont pointé du doigt un déséquilibre flagrant dans les investissements publics. Si les infrastructures et les intrants bénéficient de fonds conséquents, le conseil agricole reste le parent pauvre du budget sectoriel. Pour le directeur général de l’Ancar, il est impératif de changer de paradigme pour que « le conseil mérite le financement qu’il mérite ».

Cette nouvelle politique nationale doit servir de levier pour le programme des coopératives agricoles communautaires, qui nécessite un accompagnement technique de proximité pour devenir économiquement viable. Les conclusions de ces travaux serviront de base à la finalisation de la stratégie, censée transformer le conseil en un véritable « intrant stratégique » pour la souveraineté alimentaire.

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