Tambacounda : Le ciel boude les champs, les producteurs s’accrochent

Malgré un déficit pluviométrique préoccupant, la région affiche une jeunesse engagée, des femmes pionnières et des résultats qui donnent confiance. La tournée de suivi de la campagne agricole 2026 fait étape à Tambacounda ce vendredi 18 septembre.

Il y a des décisions qui se prennent dans les bureaux. Et il y a celles qui se construisent au milieu des parcelles, en écoutant ceux qui vivent de la terre. Ce vendredi, le Dr Cheikhou Oumar Bâ, Ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, a choisi la seconde voie en faisant étape dans la région de Tambacounda.

Une tournée, une conviction
Cette tournée de suivi de la campagne agricole 2026 repose sur une idée forte du Président de la République, Son Excellence Bassirou Diomaye Faye : faire de la concertation le socle de l’action publique. Dialoguer sans relâche avec les acteurs de terrain, et co-construire avec eux les politiques qui façonnent leur quotidien.

Sur invitation du Premier Ministre, le ministère renouvelle sa méthode tout en restant fidèle au référentiel national. Les objectifs demeurent, c’est la manière de les atteindre qui change. Région après région, commune après commune, le Ministre va à la rencontre des maires et des collectivités pour cerner les besoins prioritaires de chaque territoire. Le rôle de l’État est clair : fixer le cap, assurer le suivi, accompagner.
La mise en œuvre, elle, revient aux communautés, aux producteurs et aux populations.

Un potentiel qui n’attend que d’être pleinement valorisé
Tambacounda est l’une des grandes régions agricoles du Sénégal. Ses isohyètes, de 450 à 1 200 mm, ouvrent la voie à la diversification des cultures. Son réseau hydrographique est dense.

Elle compte 900 200 hectares de terres cultivables et plus de 15 000 hectares de potentiel irrigable. Avec une bonne maîtrise de l’eau et des investissements adaptés, elle peut devenir un véritable pôle de développement, capable d’entraîner l’élevage, la pisciculture et la transformation agroalimentaire.

Un défi climatique que personne n’occulte
Ici, la campagne a démarré avec les premières pluies utiles à la mi-juin. Mais le cumul moyen atteint 456,71 mm, contre 567,26 mm à la même période l’an dernier, soit un déficit de 107,95 mm. Tous les départements sont touchés :
Tambacounda, Goudiry, Bakel et Koumpentoum. Une pause pluviométrique de 20 à 25 jours s’observe en plusieurs endroits, et la dernière bonne pluie à Tambacounda remonte au 24 août.

À Sinthiou Malem, sur l’exploitation de la coopérative Wouly Sandougou, comme à Medina Yara, chez Mamadou Diatta et ses 8 hectares de maïs, la délégation a vu le stress hydrique. Les semis tardifs, le riz, le maïs et le fonio sont les plus exposés. Les producteurs ne cachent pas leur inquiétude, mais ils gardent espoir : si les pluies reviennent à la normale, de belles récoltes restent possibles.

Des visages qui donnent confiance
Au milieu de ces difficultés, la région affiche une énergie remarquable.
À Daré Siby, Thierno Diallo, 24 ans, agropasteur, cultive maïs, arachide, mil et coton, et fait travailler trois personnes. À Missira, Fanta Souaré, productrice et opératrice de semences, a fait du fonio sa fierté : 11 hectares exploités à elle seule, en pionnière de la filière dans la région.

L’engouement est général. Les superficies en maïs et en arachide progressent nettement, au point que les engrais alloués ne suffisent plus dans presque toutes les communes. Un problème de succès, qui dit combien les populations croient en l’agriculture.

Des résultats qui parlent
Le programme Grenier du Maïs illustre cette dynamique. À Medina Yara, 255 hectares sont géolocalisés et couverts par l’assurance agricole, sur plus de 560 hectares emblavés par la coopérative.

L’an dernier, grâce à l’appui de l’État et au partenariat avec les provendiers, plus de 7 800 tonnes ont été vendues aux meuniers, pour un bénéfice de plus de 300 millions de FCFA. La LBA a financé plus de 800 millions de FCFA dans le département, avec 98 % de remboursement, une première dans cette zone.

Des engagements concrets
Face aux acteurs, le Ministre a réaffirmé l’objectif : que les mises en place démarrent au plus tard début mai, sur instruction du Président de la République et conformément à la décision du dernier conseil interministériel.

Il a annoncé l’arrivée prochaine de 500 tracteurs et 500 motoculteurs pour les 14 régions du pays, avec du matériel attelé. Il a aussi appelé les directeurs et chefs de services régionaux de l’agriculture et de l’élevage à se rapprocher encore plus des producteurs, pour mieux comprendre leurs difficultés et les résoudre.

Il a rappelé enfin l’importance capitale que le Chef de l’État accorde à l’inclusion sociale dans les territoires.
Le chef de village a salué son sens de l’écoute, précisant que c’était la troisième fois qu’une autorité de ce rang était reçue chez lui.

Pourquoi cette tournée est capitale
Parce que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas : elle se construit avec ceux qui labourent, sèment et récoltent. En allant les voir, l’État montre qu’il écoute, qu’il assume les défis et qu’il reste à leurs côtés. L’ambition est commune, et la réussite sera partagée.

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