Sonko affirme que son prédécesseur a reversé 65 millions, sans préciser la périodicité

Les estimations de l’enveloppe du président de l’Assemblée nationale vont de 49 à 65 millions FCFA par mois. Cette question concerne désormais Ousmane Sonko, qui dirige l’institution après avoir dénoncé l’opacité des fonds de la Présidence. Lors d’un entretien diffusé le 16 août, il a aussi défendu la gestion des ressources dont il disposait à la Primature, affirmant pouvoir justifier chaque centime dépensé.

Sonko soutient que les fonds de la Primature sont distincts de ceux de la Présidence. Pour expliquer leur cadre, il s’est référé à un décret de 2004 pris sous Abdoulaye Wade, qu’il présente comme signé, contresigné et publié au Journal officiel. Il affirme avoir fixé des règles strictes dès son arrivée à la tête du gouvernement, notamment en demandant à son directeur de l’Administration générale et de l’Équipement qu’aucun paiement ne soit effectué en espèces. Cette défense de sa propre gestion donne un relief particulier au débat sur les crédits spéciaux : l’enjeu porte autant sur leur montant que sur les règles de traçabilité et de contrôle.

Le 25 août, le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevable la proposition de loi de la majorité Pastef sur le régime juridique des crédits spéciaux. Le gouvernement estimait que certaines dispositions empiétaient sur le domaine réglementaire prévu par les articles 67 et 76 de la Constitution. Senenews rapporte que le texte, inscrit en urgence à la session extraordinaire ouverte le 10 août, prévoyait notamment un contrôle parlementaire.

Des estimations différentes pour le perchoir

Les fonds politiques du perchoir ne figurent pas sous cette appellation dans la loi de finances : l’enveloppe est intégrée au budget global de l’Assemblée nationale, dont le président est l’ordonnateur. Ce budget s’élevait à 17,2 milliards FCFA en 2022. Les montants mensuels évoqués reposent sur des témoignages, des estimations et des déclarations, et non sur une ligne budgétaire publiée sous ce nom.

En fin de mandat de Moustapha Niasse, en 2022, les sommes avancées se situaient entre 50 et 60 millions FCFA par mois, en plus d’une rémunération proche de 10 millions. Sous Amadou Mame Diop, l’estimation courante était de 50 millions mensuels, soit environ 600 millions FCFA par an.

Après l’élection de Sonko au perchoir, une analyse largement partagée en 2026 a évalué l’enveloppe à 49 millions par mois, ou 2,94 milliards FCFA sur cinq ans. À la mi-août, Sonko a pour sa part déclaré que son prédécesseur El Malick Ndiaye avait reversé au Trésor les 65 millions perçus par le président de l’institution, sans préciser la périodicité. Il a contesté les chiffres de plusieurs milliards qui lui étaient attribués.

La discussion sur les fonds du perchoir s’inscrit dans un débat plus large sur les dotations des institutions. Au cours du même entretien, Sonko a dévoilé l’évolution des fonds alloués à la Primature entre 2012 et 2026, indiquant que les montants avaient connu d’importantes variations. Il a ainsi placé les sommes en jeu dans une perspective de longue durée, alors que la question de leur justification et de leur contrôle reste au cœur de la controverse.

Pour la Présidence, Sonko a chiffré l’enveloppe actuelle à 7,956 milliards FCFA. Dans la loi de finances initiale 2024, trois rubriques présidentielles représentaient environ 8 milliards : 3,5 milliards de fonds spéciaux, 2,3 milliards de fonds d’intervention sociale et 2,156 milliards de fonds de solidarité africaine.

La proposition sur les crédits spéciaux a connu un autre revers le 9 juillet : le Conseil constitutionnel avait alors invalidé la révision constitutionnelle adoptée le 29 juin, qui comportait aussi un volet consacré à ces crédits et aux fonds secrets. Sous Abdoulaye Wade, un rapport de l’Inspection générale d’État portant sur la période 2008-2012 a relevé 108 milliards FCFA dépensés au titre des fonds politiques, dont 48 milliards sans régularisation comptable.

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