Ancienne et pourtant encore débattue dans ses origines, la métallurgie du fer en Afrique de l’Ouest se précise un peu plus avec un site sénégalais fouillé à l’est du pays. À Didé West 1, dans la vallée de la Falémé, des chercheurs ont reconstitué une technique de production du fer utilisée pendant près de 800 ans, entre 400 avant notre ère et 400 de notre ère.
Le site, présenté comme le plus grand et le mieux préservé pour cette tradition technique, a livré des indices qui permettent de suivre les gestes des métallurgistes sur la longue durée. Les datations au radiocarbone obtenues sur des charbons de bois directement associés aux fourneaux en font l’une des plus anciennes dates connues pour des fourneaux de réduction du fer au Sénégal.
Dans la vallée de la Falémé, au sein de la réserve naturelle communautaire du Boundou, des prospections et fouilles ont déjà permis d’identifier au moins cinq traditions techniques distinctes. Les chercheurs se sont ici concentrés sur l’une d’elles, appelée FAL02, particulièrement bien représentée sur une centaine de sites ; l’entretien accordé à Theconversation par Anne Mayor, Mélissa Morel et Ladji Dianifaba précise que Didé West 1 en offre la documentation la plus complète.
Une production locale reconstituée à partir des scories
Les principaux vestiges étudiés sont les scories, ces déchets produits lors de la transformation du minerai en métal. À Didé West 1, l’analyse de l’amas de scories a révélé 35 bases de fourneaux, signe d’une activité répétée sur plusieurs dizaines de générations. Parmi les éléments techniques relevés figurent des tuyères à perforations multiples, qui diffusaient l’air dans le four, ainsi que l’usage de noix de palmier rônier comme matériau de bourrage au fond du fourneau, un dispositif qui semble avoir facilité la séparation entre le métal et les scories.
En croisant ces observations, les archéologues ont reconstitué le fonctionnement de cette technique. Les métallurgistes utilisaient de petits fourneaux de plan circulaire, avec une cheminée amovible plutôt que permanente. Le minerai de fer provenait probablement de latérites collectées dans l’environnement immédiat, ce qui renforce l’idée d’un savoir-faire maîtrisé et adapté aux ressources locales.
Les données tirées des volumes de scories indiquent une production jugée modeste et irrégulière, probablement saisonnière. Les auteurs y voient une activité destinée à répondre à des besoins locaux plutôt qu’à une production à grande échelle pour l’exportation. Cette découverte alimente aussi le débat sur les débuts de la métallurgie du fer en Afrique de l’Ouest : plusieurs foyers anciens, au Nigeria, au Niger, au Togo, au Burkina Faso et désormais au Sénégal, tendent à renforcer l’hypothèse d’un développement local, même si les données disponibles ne permettent pas encore de trancher définitivement.
L’étude ouvre enfin d’autres pistes dans la vallée de la Falémé, où au moins quatre autres traditions de production du fer ont déjà été reconnues. Certaines sont contemporaines, ce qui dessine un paysage métallurgique complexe, fait de continuités, de transformations et de coexistence entre techniques différentes.