Tandis que l’once franchit la barre des 5 000 dollars, les raisons structurelles qui empêchent Kédougou de capter cette manne financière

Alors que le cours de l’or atteint des sommets historiques, dépassant la barre symbolique des 5 000 dollars l’once, la répercussion de cette manne financière sur les zones d’extraction sénégalaises reste marginale. Dans un contexte mondial marqué par une ruée vers le métal jaune, alimentée par les incertitudes géopolitiques et les stratégies monétaires des grandes puissances, le Sénégal peine encore à structurer sa chaîne de valeur pour transformer ses ressources naturelles en levier de développement local.

Une flambée mondiale dictée par l’incertitude

Selon les données relayées par Emedia, l’or confirme son statut de valeur refuge avec une appréciation constante de 14 % par an sur la dernière décennie. Cette hausse spectaculaire s’explique par une conjonction de facteurs : conflits régionaux, instabilité des approvisionnements en hydrocarbures et incertitudes sur les marchés financiers. Des prévisionnistes indiquent que cette tendance haussière s’inscrit dans la durée, certains estimant même qu’il n’y a « plus de limite » à la valorisation du métal précieux.

La Chine joue un rôle prépondérant dans cette dynamique. Pékin, premier producteur et consommateur mondial, réduit progressivement son exposition au dollar américain en se délestant de bons du Trésor au profit de stocks d’or massifs. Cette stratégie, opérée via le Shanghai Gold Exchange, vise à contourner l’influence des places financières de Londres et New York, positionnant le yuan comme une alternative potentielle à la devise américaine.

Le paradoxe de Kédougou

Si des pays comme l’Australie parviennent à tirer profit de cette envolée grâce à une organisation rigoureuse de l’exploration et de l’exploitation, la situation au Sénégal présente un contraste saisissant. La région de Kédougou, épicentre de la production nationale, continue d’exporter le métal jaune à l’état brut. L’absence d’infrastructures de conditionnement, de manufacture ou de labellisation sur le sol sénégalais prive le pays d’une plus-value considérable.

L’or extrait est expédié vers des nations disposant de capacités de mesure et de certification avancées, telles que l’Inde, le Pakistan, le Canada ou la Belgique. Ce sont ces intermédiaires qui captent l’essentiel de la valeur ajoutée auprès des négociants et de la bijouterie de luxe, laissant au Sénégal le seul rôle de fournisseur de matière première.

Un déficit d’infrastructures de certification

L’analyse de la situation révèle un manque criard de comptoirs et de laboratoires de certification locaux. Cette lacune structurelle empêche Dakar de peser sur le fixing du prix de l’once et de développer une véritable attractivité économique autour de la zone d’extraction. En comparaison, la Guinée voisine attire les regards avec l’exploitation du fer de Simandou, soulignant l’urgence pour le Sénégal d’opérer une « adaptation positionnelle ».

Sur le plan social, les retombées pour les populations locales demeurent limitées. Les actions de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), se résumant souvent à des dons ponctuels ou à la construction d’infrastructures mineures, ne compensent pas la pauvreté persistante dans cette région frontalière. La transformation locale et la certification de l’or apparaissent dès lors comme les conditions sine qua non pour que la richesse du sous-sol impacte réellement l’économie nationale.

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