Entre le vocabulaire du « gagnant-gagnant » et les contraintes toujours pointées dans les mécanismes existants, le partenariat entre le Sénégal et l’Allemagne entre dans une nouvelle phase. Un policy brief consacré à cette relation retrace une coopération ancienne, puis décrit comment les priorités sur l’énergie, la migration et la souveraineté la redéfinissent aujourd’hui.
Le texte remonte d’abord aux bases de cette relation. En 2012, la GIZ décrivait l’Allemagne comme un partenaire de développement « de confiance » du Sénégal depuis 1960. Cette coopération, d’abord nourrie par les liens entre le président Léopold Sédar Senghor et le chancelier Willy Brandt, s’est ensuite structurée autour de plusieurs acteurs allemands, dont la GIZ, la KfW, des fondations politiques et l’ambassade d’Allemagne.
Une coopération élargie au fil des années
Avec le temps, le cadre a évolué. Le document rappelle qu’à la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’appui allemand portait surtout sur le développement rural et la gestion de l’eau. La coopération s’est ensuite étendue à l’adaptation climatique, à l’accès à l’énergie et au développement économique, avant d’intégrer plus récemment des objectifs plus larges liés à l’investissement, à la stabilité régionale et à la gestion migratoire.
Le tournant le plus récent est situé en 2024 au Sénégal, avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye et l’arrivée au pouvoir du PASTEF, dans un contexte où les autorités mettent en avant la souveraineté et une approche « win-win ». Le brief, relayé par Afripoli dans sa présentation, note aussi qu’en Allemagne les débats budgétaires et les priorités stratégiques poussent à lier davantage la coopération aux intérêts économiques, climatiques et migratoires.
Énergie, migration et limites des outils actuels
Le texte s’attarde ensuite sur les dossiers qui concentrent ces ajustements. Sur l’énergie, il cite le Just Energy Transition Partnership conclu avec le Sénégal, qui prévoit un financement initial de 2,5 milliards de dollars sur 3 à 5 ans pour les objectifs climatiques et énergétiques du secteur électrique. Mais le document relève aussi des interrogations sur l’équilibre entre dons et prêts, la dette, la transparence et la place des acteurs locaux dans la définition des priorités.
Sur la migration, l’analyse décrit des programmes allemands qui associent formation, emploi et réintégration à l’objectif de traiter les « causes profondes de la migration irrégulière » et d’encourager les retours. Au terme de ses 18 entretiens et six tables rondes menés entre juin et octobre 2025, le brief conclut surtout qu’il s’agit moins de créer de nouveaux instruments que de faire fonctionner les cadres existants de manière plus transparente, plus inclusive et avec un pilotage réellement partagé entre Dakar et Berlin.