Au Sénégal, Ahmadou Al Aminou Lo a livré sa première déclaration en tant que Premier ministre en insistant sur la situation économique et sociale du pays. Le nouveau chef du gouvernement a parlé d’un « contexte d’urgence », évoquant l’état des finances publiques, l’impact des crises internationales sur les prix de l’énergie et des denrées alimentaires, ainsi que les tensions sociales et sécuritaires dans la sous-région.
Il a appelé à une mobilisation nationale autour de l’Agenda de transformation « Sénégal 2050 ». Sur le terrain politique, il a précisé que sa nomination ne traduisait pas un changement d’orientation, mais plutôt une nouvelle méthode dans l’organisation institutionnelle et l’action gouvernementale, comme l’a également relevé la BBC. Cette mise au point intervient dans une séquence de recomposition du pouvoir, marquée par le limogeage d’Ousmane Sonko et par la volonté prêtée à Bassirou Diomaye Faye de consolider une base politique qui ne dépende pas uniquement de Pastef. Dans ce contexte, l’arrivée d’un profil technocratique à la Primature apparaît aussi comme un signal sur la manière dont l’exécutif entend reprendre la main.
Un profil technocratique au cœur de l’exécutif
Sa nomination intervient après plusieurs jours d’attente sur l’identité du futur chef du gouvernement. D’après les éléments rapportés par RFI, le choix s’est porté sur un haut fonctionnaire connu surtout dans les milieux administratifs et financiers. Ahmadou Al Aminou Lo, 60 ans, est économiste de formation, avec une spécialisation en macroéconomie, régulation bancaire, marchés financiers et finance islamique.
Avant d’accéder à la Primature, il occupait déjà des fonctions centrales dans l’appareil d’État. Le 5 avril 2024, il avait été nommé ministre secrétaire général du gouvernement, avec notamment la coordination interministérielle, le suivi des décisions présidentielles et l’organisation administrative du Conseil des ministres. Le 30 avril 2025, il a ensuite été promu ministre d’État auprès de la Présidence, chargé du suivi, du pilotage et de l’évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».
Son parcours professionnel s’est construit en grande partie à la BCEAO, qu’il a intégrée en 1987. Il y a occupé plusieurs responsabilités, notamment comme chef du service de la trésorerie, chef du service chargé des opérations de marché, directeur des opérations de marché et directeur des activités bancaires.
Sa désignation suscite déjà des réactions dans la classe politique. Le député de la majorité Guy Marius Sagna a rappelé l’avoir connu lors d’un débat organisé par RFI le 3 mai 2018 sur le franc CFA et a réaffirmé ses réserves sur ses positions monétaires. Dans l’opposition, Thierno Alassane Sall a dit ne pas connaître l’homme, tout en lui accordant la présomption de bonne foi. Le 24 mai 2026, Ousmane Sonko, élu le même jour président de l’Assemblée nationale après avoir retrouvé son siège de député, a félicité Ahmadou Al Aminou Lo et l’a décrit comme « un travailleur acharné, un homme compétent et dévoué ».
Le retour de Sonko à l’Hémicycle n’avait rien d’anodin dans cette séquence. Sur le plan institutionnel, plusieurs observateurs soulignaient d’ailleurs que rien ne s’opposait juridiquement à la reprise de son mandat de député après son limogeage, ce qui a rapidement reconfiguré les rapports de force. Cette redistribution des rôles explique aussi pourquoi la nomination du nouveau Premier ministre est scrutée bien au-delà de son profil : elle intervient alors que Sonko retrouve un ancrage parlementaire majeur, que Diomaye Faye cherche à affirmer sa propre marge politique et que, dans l’opposition, certains appellent déjà Thierno Alassane Sall à prendre davantage ses responsabilités face à la nouvelle donne.