Comment l’exploitation aurifère alimente-t-elle les violences au Sahel ? Un rapport publié le 22 juillet par l’organisation ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) apporte un éclairage inédit sur cette question. L’étude examine une décennie de violences autour de 44 sites miniers répartis au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Elle montre que l’or ne sert pas uniquement à financer les groupes armés : tout l’écosystème minier, de l’extraction aux circuits de commercialisation, nourrit l’instabilité régionale.
Dans cette région, les enjeux sont considérables. Le Mali, par exemple, dispose d’environ 800 tonnes de réserves prouvées d’or, ce qui en fait le troisième producteur africain derrière le Ghana et l’Afrique du Sud. Le secteur minier y fait vivre plus de deux millions de personnes, avec des mines concentrées dans les régions de Sikasso, Koulikoro et Kayes. Mais cette richesse attise les convoitises. La lutte pour le contrôle des zones d’extraction et des axes de ravitaillement est devenue un facteur clé du conflit. Les affrontements récents à Anéfis, dans le nord-est du Mali, en sont une illustration. Cette localité stratégique, corridor terrestre vital pour les garnisons gouvernementales, a été le théâtre de combats opposant les forces armées maliennes et leurs alliés russes aux combattants du JNIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA).
Selon le rapport d’ACLED, l’exploitation minière n’est pas une simple activité économique détournée par la guerre ; elle en est devenue l’un des moteurs. L’analyse va au-delà du pillage artisanal pour décrire un système où les dynamiques du conflit et celles de l’extraction s’entremêlent étroitement. Comme le souligne Héni Nsaibia, analyste au sein d’ACLED, dans des propos recueillis par Jeune Afrique, la bataille pour ces ressources constitue un « test décisif » pour l’ensemble des forces en présence.
