Sadio Mané : un expert détaille sept défis pour la viabilité de son usine de mangues

Le projet de transformation de mangues porté par Sadio Mané en Casamance devra composer avec plusieurs contraintes de production, de transport et de transformation. L’enseignant-chercheur Ibrahima Mendy estime que ces facteurs pèseront sur sa viabilité.

Implanté dans la zone de Boudhié Mar, à environ cinq kilomètres de Bambali, le projet SM10 Agro prévoit une plantation de manguiers Kent sur plus de 500 hectares. Les plans annoncés font état de 78 000 arbres : une échelle qui rend déterminante la capacité à organiser la récolte et à acheminer rapidement les fruits vers l’unité de transformation. La transformation locale est au cœur du pari, alors que les pertes post-récolte de mangues sont estimées entre 30 et 40 % de la production.

Les défis du projet sont détaillés dans une tribune publiée par Lactuacho. Le Dr Ibrahima Mendy, enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, y souligne notamment la nécessité de mieux répartir la production et d’associer l’agrobusiness aux petits producteurs.

La période de maturité des mangues s’étend généralement sur environ 45 jours. Une fois mûrs, les fruits se détériorent rapidement. L’usine devra donc pouvoir les collecter, les conserver et les transformer efficacement, avec éventuellement un recours à la surgélation. La rapidité de cette chaîne sera essentielle pour qu’une plantation de cette ampleur contribue à réduire les pertes plutôt qu’à concentrer les récoltes sans débouché immédiat.

L’approvisionnement constitue un autre point sensible. Selon Ibrahima Mendy, les pertes après récolte atteignent entre 30 et 45 % de la production nationale de mangues, particulièrement en Casamance. L’état des routes, le manque de moyens de transport et l’acheminement des récoltes vers les unités de transformation compliquent la logistique.

L’enclavement de la région peut aussi renchérir et ralentir l’expédition des produits transformés vers Dakar, les autres régions du Sénégal et les marchés extérieurs. Ces coûts et délais risquent d’affecter la compétitivité de l’usine, même si la transformation sur place doit limiter une partie des pertes en évitant de transporter des fruits périssables sur de longues distances avant leur traitement.

La rentabilité hors saison est également en jeu. Une infrastructure industrielle de grande capacité qui ne fonctionnerait que deux ou trois mois par an pourrait, selon l’enseignant-chercheur, ne pas être rentable. Il juge nécessaire de diversifier les matières premières et les produits transformés.

Pour accéder aux marchés d’exportation, le projet devra respecter des exigences de qualité, de traçabilité, d’hygiène, de sécurité alimentaire et de contrôle des résidus de pesticides. Cela suppose un accompagnement technique des producteurs et un dispositif de contrôle performant.

Les rendements et la qualité des fruits pourraient aussi être affectés par les aléas climatiques et phytosanitaires. Mendy cite la mouche des fruits parmi les principaux fléaux de la filière mangue en Casamance et relève que le changement climatique peut modifier les périodes de production.

La progression de l’anacarde dans la région représente enfin un enjeu pour la disponibilité des mangues : cette culture prend une place croissante, parfois au détriment de cette filière. Le Dr Ibrahima Mendy a également été directeur de l’Analyse, de la Prévision et des Statistiques agricoles (DAPSA).

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