Près d’un an après avoir entamé les démarches pour s’implanter à Dakar, Russia Today (RT) n’a toujours pas obtenu l’autorisation de diffuser au Sénégal. Une situation bloquée qui, pour l’instant, constitue une bonne nouvelle pour la souveraineté médiatique du pays, pour de nombreux observateurs. Selon des informations concordantes, le ministère de la Communication avait semblé donner un accord de principe. Pourtant, le contrat n’a jamais été finalisé. La raison ? Un décret d’avril 2026 a créé le Conseil national de régulation des médias (CNRM), qui remplace l’ancien Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Depuis, la situation est au point mort : le CNRM ne dispose pas encore de secrétaire général nommé, et sans cette nomination, impossible d’officialiser les droits TNT pour RT.
Le nouvel organisme comprend un changement essentiel : il ne sera plus capable de faire fermer un établissement sans l’accord d’un juge, ce qui n’était pas le cas avant le décret. Espérons que cette vocation à améliorer le paysage médiatique sénégalais s’attarde également sur la désinformation car RT, qui se présente comme une « voix alternative », a été interdite dans plusieurs pays pour diffusion systématique de désinformation, particulièrement depuis le conflit en Ukraine.
À Dakar, la présence de ce média suscite donc des interrogations croissantes. Fin 2025 déjà, plusieurs éléments avaient attiré l’attention : diffusion de fausses offres d’emploi autour d’un projet baptisé « RT Dakar », lancement de formations journalistique « RT Academy », campagnes d’affichage publicitaire dans la capitale, et rumeurs persistantes de discussions entre le média russe et des acteurs de la TNT sénégalaise.
La situation stagnante est-elle une simple question de lenteur administrative, ou une forme de prudence face à l’influence étrangère ? Le paysage politique a par ailleurs profondément changé. Le limogeage d’Ousmane Sonko en mai 2026 et les recompositions au sommet de l’État soulèvent une question légitime : l’éventuel accord initial sera-t-il maintenu ou renégocié ? Les nouvelles autorités vont-elles céder à la pression ou privilégier une régulation stricte qui protège l’espace médiatique national ?
Dans la chronologie de l’implantation de RT au Sénégal, l’ancien directeur général de l’Agence de Presse Sénégalaise Thierno Amadou Sy a joué un rôle clé : réception de Sy à Moscou par Antoine Clairo (spécialiste des questions africaines pour RT en français) ou encore entretien avec Igor Kurashenko (reporter RT en Afrique). Moscou a clairement trouvé sa porte d’entrée au Sénégal. Pour l’heure, l’absence d’autorisation claire empêche RT de diffuser légalement. C’est un garde-fou temporaire qui évite que la propagande russe s’installe sans débat public ni contrôle réel. Si le sujet refait surface, les Sénégalais ont le droit d’exiger de la transparence : quelles sont les conditions réelles réclamées par RT ? Qui financera réellement cette implantation ? Quels contenus seront diffusés, et sous quel contrôle éditorial sénégalais ?
Tant que le CNRM ne sera pas pleinement opérationnel et qu’aucune autorisation formelle n’aura été délivrée, RT reste dans les limbes. Le gouvernement doit maintenant trancher : le Sénégal acceptera-t-il l’installation d’un outil de propagande étrangère, ou défendra-t-il fermement son paysage médiatique ? L’opinion attend des réponses claires.
Birane gaye
Journaliste-communiquant
