Tous les musulmans connaissent le hadith sur « L’islam est construit sur cinq bases… » mais très peu connaissent réellement l’islam au-delà de sa dimension cultuelle. Les savants, de la science du fondement, enseignent les grandes finalités de la loi (maqasid) qui sont au nombre de cinq : la religion, la vie, l’esprit, la descendance et les biens. Les deux commettent la même erreur, à savoir discuter de finalités en oubliant les principes en dehors desquels aucune finalité n’est garantie. Comment les finalités supérieures (maqsid) peuvent-elles s’assurer en l’absence d’une autorité légitime capable de définir les règles, de les faire respecter, de châtier ceux qui les violent et enfin de garantir les droits des parties prenantes en toute équité ? C’est sous ce rapport qu’il est fort intéressant de rappeler les piliers du Din qui supportent ceux de l’Islam énoncés précédemment, mais aussi ceux de l’Imane (foi) et de l’Ihsane (vertu).
Pendant que les piliers de l’Islam sont des actes et pratiques qui actent notre soumission à Allah, les piliers du Din sont des principes et orientations qui embellissent notre attachement moral et éthique au Vrai (Haqq), au Pur (Qoudous) et au Beau (Jamil) : trois attributs seigneuriaux qui interpellent les Mou’eminoun. Nous affirmons à cet effet, que le mot «Mou’emin» dans le Moushaf fait rarement référence aux croyants car dérivant de la racine A-M-N sur laquelle les mots sécurité, loyauté, digne de confiance, ont été construits. Il évoque par moments le citoyen, celui sur qui la Communauté peut compter, celui qui participe à la sécurité collective et même celui qui est loyal au dépôt. En effet, parmi les noms d’Allah figure « Al Mou’eminou » et nous savons tous que son sens n’est pas « le croyant » (j’y reviendrai dans l’explication des orientations politiques du prophète et de la qualité du citoyen en Islam). Le croyant est le citoyen loyal participant à la marche de la Communauté, sous l’autorité d’un imam (dans les hadiths traitant du commandeur, c’est l’autorité politique chargée de la conduite de la communauté).
Pour en revenir à nos grands piliers du Din, un érudit déclarait suite à l’exégèse d’un hadith où le prophète mentionnait les 300 attributs de l’Essence seigneuriale, que les piliers du Din étaient construits sur leurs bases. D’autres penseurs ont soutenu qu’ils correspondent aux principes énoncés dans le Moushaf. Enfin d’autres, plus attachés aux symbolisme, les ont fait coïncider aux chiffres coraniques tels que 25 (les prophètes mentionnés), 19 ( gardiens célestes), 17 (unités obligatoires), 12 (nombre de tribus mosaïques ou apôtres de Yéshoua), 10 (multiplicatif primaire d’une bonne œuvre), 7 (signe de l’infini dans la création), 6 (nombre de jours de la création primordiale), 5 (les bases mouhamédiennes ) et enfin 3 (symbole des manifestations parfaites). Pour chaque doctrine, les arguments font légion et ceci est une manifestation concrète de la miséricorde d’Allah à la communauté du juste milieu.
Pour notre part, la communauté du prophète Mouhammad (saawaws) est une communauté d’excellence qui se caractérise par des qualités élevées et des comportements majestueux, constituant ainsi le reflet de son prophète consacré par son Seigneur comme la meilleure manifestation de tous les temps. L’excellence comporte cinq piliers qui en assurent la stabilité et le bénéfice.
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Il s’agit en premier lieu de l’amour, les actes ne valent que par la volonté adoratrice et l’attachement véritable à celui qui l’a prescrit. Allah justifie la création dans un hadith qudsi par son amour d’être connu. Le second pilier est la pureté dans l’intention, l’articulation et l’objectif poursuivi. Le Moushaf dit expressément qu’il nous a été commandé d’adorer le Seigneur tout en purifiant notre rapport à Lui et c’est cela le Din. Le troisième pilier est la connaissance. En effet, tous les actes et pratiques de la religion sont subordonnés à la juste connaissance sous peine de nullité. Les maîtres soufis rappellent d’ailleurs que la raison sublime de la création du Seigneur est liée à sa volonté d’être adoré: point d’adoration sans connaissance claire.
Le quatrième pilier est l’effort continu en toute situation et en toute circonstance. Le djihaad, tant appelé dans le Moushaf a été pendant longtemps confondu avce la guerre sainte (qui n’a jamais été instituée par Allah); c’est l’effort à faire pour espérer exceller en tout : l’apprentissage, le polissage comportemental, les dévotions, la compréhension, etc. Les versets de djihaad privilégient majoritairement le Nafs (l’ego comme le plus grand adversaire) et les biens (dans l’acquisition, la dépense, le partage et l’utilisation).
Enfin, le dernier pilier est la condition sine qua non de toute réussite dans toutes les entreprises individuelles ou collectives : c’est la discipline. L’Adab a été au centre des grandes préoccupations de nos érudits dans le temps. Certains l’ont appréhendé sous l’angle individuel dans nos rapports aux autres (concitoyens, nature, institution) et d’autres l’ont analysé dans la discipline communautaire, gage de pérennité et de victoire de cette dernière. Le plus grand adab à observer concerne notre premier voisin qui est plus proche de nous que notre veine jugulaire (Allah).
Toute pensée, parole, action qui s’écarte de ces cinq piliers fondamentaux rate inéluctablement l’excellence et alimente les ténèbres de l’injustice, du mal et de la désunion. Le prophète enseignait que l’embellissement de la foi et le parachèvement de la religion s’obtiennent par la bonne compréhension. Puisse Allah, nous accorder une bonne compréhension de ses prescriptions et leur juste application par Sa grâce illimitée et Sa miséricorde infinie.
*Leader du RV-ACD



