Dans le Fouladou, les arguments sanitaires qui ont conduit un fervent défenseur de la tradition à un aveu public

C’est une scène symbolique qui s’est jouée à quelques mètres de la frontière gambienne, sous l’ombre imposante d’un figuier géant. Dans le cadre de la Journée internationale tolérance zéro à l’égard de l’excision, le village de Badiara, situé dans le département de Vélingara, a été le théâtre d’une confrontation d’idées inhabituelle. Initiée par l’ONG Grandmother Project (GMP), cette rencontre visait moins à imposer une directive qu’à ouvrir un dialogue communautaire sur une pratique profondément ancrée.

Le débat, structuré autour d’une approche culturelle inclusive, a permis de mettre en lumière des réalités médicales et religieuses souvent méconnues, provoquant des revirements de situation inattendus parmi les participants.

Un consensus initial difficile à briser

Au démarrage des échanges, la division était palpable au sein de l’assemblée composée d’hommes, de femmes, de jeunes et d’anciens. Pour une partie significative de l’assistance, l’excision demeurait perçue comme une exigence de purification religieuse et un outil de discipline sociale. Moussa Mbaye, père de famille et figure locale, s’est d’abord érigé en défenseur de cette coutume séculaire.

« J’ai clairement dit que j’étais contre toute décision de mettre fin à la pratique de l’excision », a-t-il affirmé en début de séance, contestant la véracité des arguments sanitaires et assurant que ses filles se portaient bien. Cette position, partagée par plusieurs notables, semblait figer le débat dans un statu quo traditionnel.

La force des preuves factuelles

La dynamique a basculé suite aux interventions techniques et théologiques. Seyda Yassine Sow Ndiaye, enseignante en langue arabe, a recadré la dimension religieuse en qualifiant l’excision de pratique antéislamique, ni interdite ni recommandée formellement par le Prophète, mais absente dans de grandes nations islamiques comme le Maroc ou l’Arabie Saoudite. Elle a rappelé le principe selon lequel l’Islam rejette toute atteinte à l’intégrité physique.

Sur le plan médical, le témoignage d’Ansatou Baldé, matrone au poste de santé de Saré Nagué, a apporté un éclairage cru sur les conséquences physiologiques. Elle a établi un lien direct entre l’ablation du clitoris et les complications obstétricales, ainsi que les cas de fistules et de rétention d’urine observés localement.

Une prise de conscience collective

Ces éléments factuels ont eu un effet immédiat sur l’auditoire. Des langues se sont déliées, à l’image de Mme Diouldé Baldé, une grand-mère du village. « Nous avons connu des cas de femmes fistuleuses que tout le monde fuyait… Nous ignorions que c’est l’excision qui était passée par là », a-t-elle confessé, évoquant avec émotion les accouchements douloureux et les souffrances silencieuses des femmes de sa communauté.

Le changement le plus marquant est venu de Moussa Mbaye lui-même. Confronté à la réalité des faits exposés par nos confrères de Le Quotidien, le père de famille a publiquement révisé sa position en fin de journée : « J’ai fait subir l’excision à mes filles. Pour le reste de ma vie, je ne le ferai plus. Nous ignorions les tenants et aboutissants de cette pratique. »

Cette méthode de « clarification des valeurs » prônée par l’ONG Grandmother Project, qui laisse la communauté peser le pour et le contre sans imposition extérieure, a abouti à un engagement ferme des délégués de Badiara d’abandonner cette tradition au profit de la santé publique.

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