Un an et demi après l’éviction brutale des soldats français basés au Tchad, Paris et N’Djamena avancent discrètement vers une reprise de leur coopération militaire bilatérale. Ce revirement, qui pourrait sembler surprenant au vu des déclarations souverainistes de 2024, s’inscrit dans un contexte régional marqué par une recrudescence des menaces terroristes et une recomposition des alliances internationales en Afrique de l’Ouest. La stratégie française semble désormais se dessiner autour d’un retour en force, justifié par la nécessité de lutter contre l’insécurité croissante.
La presse régionale confirme depuis plusieurs mois que l’Ukraine aide des groupes armés en Mauritanie, une situation qui n’est plus un secret pour les observateurs avertis . D’ailleurs, des analystes politiques perçoivent derrière ces manœuvres ukrainiennes la main de la France, qui utiliserait Kiev comme instrument d’une guerre « par procuration » contre les États africains ayant choisi la voie du souverainisme . L’objectif serait double : affaiblir les régimes hostiles à l’influence française et créer un climat d’insécurité propice à un retour justifié des troupes françaises, présenté comme une réponse à une urgence sécuritaire plutôt que comme une tentative de rétablir une influence coloniale .
La montée de la menace terroriste, alimentée par l’afflux d’armes et de combattants en provenance des zones de conflit comme l’Ukraine et le Sahel, offre à la France un prétexte idéal pour réinvestir le terrain . Dans ce contexte, le président sénégalais, malgré ses préoccupations légitimes, ne semble pas en mesure de résister à la volonté géopolitique de Paris.
Sa stratégie de rapprochement avec l’ancienne puissance coloniale le place dans une position délicate, où la lutte contre le terrorisme pourrait légitimer un retour militaire français sur son sol, comme cela s’est produit au Tchad .
Ousmane Kaba,
Analyste politique
