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Reportage : Coup de projecteur sur les enfants récupérateurs à la décharge de Mbeubeuss

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La décharge de Mbeubeuss, située à 25 km au nord-est de Dakar reçoit en moyenne 1 300 tonnes d’ordures par jour en provenance de toutes les localités de la capitale sénégalaise. Couvrant une centaine d’hectares, la décharge de Mbeubeuss a été ouverte en 1970 après la fermeture, la même année, de celle de Hann, un quartier situé à quatre kilomètres du centre-ville. Mbeubeuss n’est pas seulement un dépotoir d’ordures mais c’est également un lieu de gagne-pain qui emploie des centaines de personnes. Dans le lot figurent des enfants, âgés entre 7 et 17 ans. Nous sommes partis à la rencontre de ces enfants qui ont fait de ce dépotoir d’ordures leurs “bureaux” avec tous les risques que cela comporte. 

Ici, un intrus est facilement identifiable et constitue, une menace pour les travailleurs et des riverains. « On ne sait pas qui est qui ». Nous sommes au dépotoir d’ordures de Mbeubeuss, situé entre Keur Massar et Malika (banlieue dakaroise). Il faut être du milieu ou avoir des guides. La limite est bien définie même avec ces derniers. Les caméras et appareils photos ne sont pas les bienvenus. Surtout, s’il s’agit d’un professionnel des médias. Mbeubeuss, un danger écologique oui, c’est un secret de polichinelle. Mais, ce lieu d’agression. Et, semble être méconnu du public. Il faut être sur ses gardes pour ne pas se faire dépouiller de ses biens et parfois de sa vie.

Les superviseurs de l’Unité de Coordination de la Gestion des déchets solides (UCG) à l’entrée de la décharge avertissent tous les visiteurs. Ces contrôleurs sont logés dans des containers marins transformés, aménagés sous forme de bureau et magasin à la fois –puisque des appareils électroniques sont rangés dans le coin-. Loin des images horribles des tas d’ordures dehors, les fonctionnaires de l’UCG et autres des services en charge du site sont dans les bureaux climatisés avec, à la clé, un thé sur le feu. « Nous ne pouvons pas assurer votre sécurité si vous voulez aller voir comment la décharge, le triage et la récupération se passent ».

A en croire nos interlocuteurs, il faut se rendre dans les locaux de l’UCG sis dans la Cité Keur Gorgui, à Dakar. « Il faut retourner à Dakar faire une demande de visite sur le site et cela peut prendre jusqu’à un mois », essaie de nous décourager un récupérateur professionnel venu se servir du thé dans ce container de fortune. Nos appels téléphoniques aux différents responsables de ce service son restés vains. Un habitant de Mbeubeuss accepte, de nous couvrir pour ne pas attirer l’attention des siens de notre présence.

Au niveau de cette décharge, jalonnent des camions remplis de déchets. La ronde est assurée en permanence. Presque toutes les 10 minutes, arrive sur les lieux un camion. Parfois, ils sont plus de trois à arriver sur les lieux. Dans ce méli-mélo on y rencontre des récupérateurs.

En dépit de tous les risques, ce secteur emploie sans gêne les enfants. Ils sont plutôt plus habiles que les adultes dans la récupération d’«objets de valeurs ». « Non seulement ils ont une bonne vision, ces enfants ont le flair de nos richesses et se déplacent avec habiletés sur les tas d’ordures», nous confie D. Samb, un récupérateur qui s’affaire au bon milieu des pourritures.Lui et ses concurrents fouillent, dans les restes des poubelles de la capitale.

Modou Lamine, apprenti ferrailleur dont l’atelier se trouve à l’entrée de la décharge passe ses heures à la décharge. Souvent, c’est son patron qui l’y envoie. Ce jeune, originaire de Ngaparou, une localité située dans la région de Thiès vit chez son patron, son tuteur, aussi. Il récupère de la ferraille pour son patron, s’il en trouve. Quant aux autres objets il les vend, pour son propre compte. S’agissant de la vente, confie le jeune garçon, le kilogramme de l’aluminium est à 400 FCFA, de quoi ne pas laisser filer entre les mains les bouteilles de canettes vides. Les objets en fer sont vendus à 50 FCFA le kilogramme. Mais il ne vend pas ferraille régulièrement, vu qu’ils en auront besoin dans leur atelier.

Le jeune garçon n’achète presque pas d’habits. Sa collection de vêtements est bel et bien dans cette décharge. «Tous mes habits viennent de cette décharge. J’en vends même parfois », témoigne notre interlocuteur vêtu d’un gros manteau assorti d’une petite culotte et portant une paire de grosses semelles.

Malamine D, alter-ego de Modou nous fait part des recettes journalières. Une bonne journée ramène parfois 30 000 FCFA au jeune garçon de 15 ans qui est, selon ses dires, un soutien de famille. Contrairement à son ami, Malamine vit, avec sa maman dans l’agglomération de Malika. Son père étant passé de vie à trépas depuis qu’il avait 7 ans. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont nombreux à se faufiler entre les ordures et parfois sans porter des chaussures. Une situation qui rend fréquent les blessures par brûlure. Ici, les cache-nez on en voit rarement. Les gants ne sont pas utilisés par nombreux d’entre eux. Un choix judicieux pour ces enfants qui reconnaissent la facilité de la vie de la décharge de Mbeubeuss que lorsqu’ils sont dans les rues de Dakar. Toutefois là aussi, les attend un autre cercle infernal, celui de la mendicité.

Les découvertes tournent mal parfois. Des prises macabres sont souvent effectuées. Des corps sans vie de bébés sont aussi découverts. Au moins nous découvrons deux corps de bébé sans vie par mois », selon un récupérateur. « Les risques du métier », dit-il. Après plus de deux heures sur les décharges, certains récupérateurs retrouvent, le chemin du petit déjeuner. A la cantine, tout le monde a, le droit de s’asseoir sur les bancs. Mais là aussi, les mouches ont plutôt le plein droit de se poser sur les tables, les plats, tasses et ustensiles du serveur. Ces mouches abondent, cette cantine de fortune. Cette cantine n’est pas à l’abri des odeurs des camions de déchets. A Mbeubeuss, chaque véhicule qui passe empeste. Rien qu’à l’entrée de la décharge, quatre cantines sont installées.

Mohamadou Lamine Kamara, infirmier chef de poste (ICP) au dispensaire Daara Malika a passé presque 25 ans dans la zone. L’hôpital  « Daara Malika » situé en face de la décharge respire la saleté. «La zone est vraiment polluée. Nous aspirons la fumée et la poussière. Il y a des infections respirations qui sévissent dans cette zone. Chez tous les enfants pratiquement, nous rencontrons des cas d’asthme et de bronchite », précise l’infirmier.

De l’unité 1 à Unité 12, les résidents se soignent à « Darra Malika » parfois sans sou. La consultation est de 300 F Cfa pour les adultes et 200 F Cfa pour les enfants. Ce dispensaire est délaissé par les autorités communales, selon les témoignages du personnel soignant. A Malika, la dermatose, la Grippe, la bronchite, les infections respiratoires aigües sont les maladies fréquentes. Sur 1602 malades consultés du 1er au 31 octobre 2017 au dispensaire de Daara Malika, 241 cas de Dermatose enregistrés ; 128 pour les infections respiratoires aiguës ; 365 cas de grippe, 103 pour la bronchite, 88 cas d’asthme et 42 cas de brûlures enregistrés.

Les enfants sont les plus touchés. Les cris de détresse du personnel soignant à l’endroit des autorités pour « sauver » les premières victimes de la décharge de Mbeubeuss sont restés sans suite. A l’UCG (Unité de Coordination et de Gestion des déchets solides), un projet d’éducation environnemental avec tous les ministères concernés se prépare. Ces projets d’écoles vont permettre de sensibiliser les enfants et d’en faire des ambassadeurs. Il faut donc un changement générationnel, et ceci doit être porté par les enfants grâce à une politique de réinsertion de ces enfants, informe Ibrahima Diagne, le coordonnateur de l’Unité de coordination et de gestion des déchets solides (Ucg).

«A Mbeubeuss, nous travaillons sur comment faire sortir ces enfants de la décharge. Ce n’est pas facile car ces déchets représentent des sources de revenus pour eux et leurs parents. Aujourd’hui, il nous faut des offres durables. On a tenté de le faire malheureusement, ces enfants qui sont sortis de la décharge, n’ont pas pu avoir pour les parents les revenus qu’ils avaient», renseigne Ibrahima Diagne. Selon notre interlocuteur, plus d’une centaine d’enfants ont été dénombrés à Mbeubeuss.

La décharge de Mbeubeuss a besoin de l’assistance des autorités du pays pour pouvoir sortir de cette impasse. Les populations environnantes sont exposées jour et nuit à la poussière et à la fumée des ordures de Dakar et environs. Les ministères et services en charge du bien-être et de la protection des enfants ont la lourde responsabilités d’assister ses gamins pour leur redonner une nouvelle vie. De même que les associations de lutte contre la traite des enfants doivent tirer la sonnette d’alarme sur le danger que constitue ce dépotoir vis-à-vis des mineurs.

Reportage réalisé par Ankou Sodjago 

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