Le Parti socialiste (PS) traverse une zone de turbulences politiques. Alors que le parti fondé par Léopold Sédar Senghor se prépare pour son Assemblée générale, les questions sur sa capacité à redevenir une force politique crédible se multiplient. En novembre 2024, le PS n’a obtenu qu’un seul député aux législatives, un résultat jugé catastrophique qui a déclenché une fronde interne.
Dans une analyse livrée à EnQuête+, le chef du Laboratoire des études sociales de l’IFAN-UCAD, Dr Mamadou Akila Bodian, décrypte la situation. Selon lui, le PS doit distinguer trois valeurs : sa valeur électorale autonome, faible ; sa valeur territoriale, non nulle grâce à des réseaux locaux ; et sa valeur symbolique, liée à l’histoire de l’État sénégalais. « Le PS n’est pas électoralement mort, mais il est électoralement flou », résume-t-il.
Le chercheur estime que le parti conserve un patrimoine politique, mais n’est plus une locomotive électorale. « Son défi est de transformer cette valeur résiduelle en valeur active », explique-t-il, ajoutant que le danger est de confondre survivance et puissance. Pour lui, le PS doit parler aux nouvelles générations, aux classes populaires urbaines et aux électeurs de la rupture de 2024.
Sur les dissensions internes, Dr Bodian les juge à la fois surmontables politiquement et structurelles sociologiquement. Il rappelle la fracture entre Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall, qui a révélé une tension entre la logique de l’appareil et l’émergence d’une légitimité politique en dehors de son contrôle direct. Les exclusions de 2017 – Khalifa Sall, Barthélémy Dias, Bamba Fall, Aïssata Tall Sall, Idrissa Diallo et Banda Diop – ont transformé une crise interne en rupture durable.
Aujourd’hui, le PS souffre, selon l’analyste, d’un « excès de mémoires concurrentes » plus que d’une absence de dirigeants. Le parti doit choisir entre rester un parti d’appareil, un partenaire de coalition, un héritage senghorien ou une force d’opposition rénovée.
