« Le Président a fait une erreur ». Cette déclaration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale a précédé de quelques heures son limogeage par Bassirou Diomaye Faye. La séparation entre les deux hommes, longtemps présentés comme un bloc politique unique, s’inscrit dans une série de tensions accumulées au sommet de l’État.
D’après Socialnetlink, le chef de l’État n’a pas seulement signé un décret administratif, mais acté une rupture installée depuis plusieurs mois entre la Présidence et la Primature. Le duo Diomaye-Sonko s’était construit dans l’opposition, en prison et dans les combats menés contre le régime de Macky Sall. Mais au pouvoir, les divergences se sont installées sur la conduite de l’Exécutif. Dans les cercles du pouvoir, cette situation était décrite comme l’existence de deux centres de décision: d’un côté la Présidence, chargée de la stabilité institutionnelle et diplomatique, de l’autre la Primature, associée à une ligne plus offensive.
Le passage de Sonko devant les députés a rendu ces désaccords publics. En plus d’avoir déclaré que le président avait commis une erreur, il a aussi revendiqué le fait de prendre des décisions sans permission. Dans un régime où l’équilibre institutionnel repose sur le chef de l’État, ces propos ont été perçus comme une contestation directe de son autorité. La question du leadership au sein du projet Pastef s’est alors retrouvée au centre de la crise. Sonko restait la figure la plus populaire à la base et c’est lui qui avait désigné Diomaye Faye pour la présidentielle de 2024, ce qui entretenait chez une partie de l’opinion l’image d’un président adossé à son mentor politique.
Des signes de distance étaient déjà apparus auparavant. Diomaye Faye avait mis en garde contre la personnification de Pastef, une formule comprise comme un message adressé à Sonko. Dans un autre épisode antérieur, la mise en place du siège de la Coalition Diomaye Président, sous la supervision d’Aminata Touré, avait ravivé des tensions déjà présentes entre les deux camps. Selon le député Cheikh Bara Ndiaye, une réunion entre le président et le bureau politique du Pastef avait également donné lieu à une mise au point musclée à l’endroit de Sonko.
Les désaccords ont aussi porté sur la méthode de gouvernance. Sonko défendait une rupture rapide, avec la renégociation des contrats pétroliers et gaziers, la remise en cause de certains accords économiques et une communication offensive contre les anciennes élites. Diomaye Faye privilégiait pour sa part une approche plus progressive, dans un contexte décrit comme fragile, avec des tensions budgétaires et des négociations complexes avec les partenaires internationaux. Ousmane Sonko a notamment déclaré à l’Assemblée nationale prendre des décisions sans permission.