Depuis deux décennies, la Chine a discrètement supplanté les États-Unis comme partenaire commercial de premier plan dans plusieurs pays d’Amérique latine. Pour inverser cette dynamique, le président américain Donald Trump amorce une nouvelle phase de sa diplomatie régionale. En réunissant plusieurs chefs d’État à son domaine de Mar-a-Lago, Washington tente de reprendre la main, mais se heurte à la réalité économique du continent.
L’événement, organisé ce samedi et baptisé sommet du « Bouclier des Amériques », marque un tournant dans l’approche de la Maison-Blanche. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, cette rencontre intervient après une série de manœuvres coercitives visant les alliés de Pékin dans la région. L’administration de Donald Trump a notamment révoqué les visas américains de responsables au Costa Rica, au Panama et au Chili en raison de leurs liens supposés avec la Chine. Washington a également évoqué une reprise de contrôle du canal de Panama et contraint le Venezuela à suspendre ses exportations de pétrole vers le marché chinois.
Pour ce sommet, la présidence américaine a privilégié la formation d’une coalition idéologique. Près d’une douzaine de dirigeants conservateurs y participent, représentant l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Costa Rica, l’Équateur, le Salvador, la République dominicaine, le Honduras, le Panama, le Paraguay, ainsi que Trinité-et-Tobago. Les deux plus grandes économies de la région, le Mexique et le Brésil, actuellement dirigées par des gouvernements de gauche, n’ont pas été conviées. L’administration américaine a présenté cette initiative comme une étape historique pour renforcer la « doctrine Monroe », un principe visant à consolider l’influence des États-Unis sur l’hémisphère occidental.
Cependant, détacher l’Amérique latine de l’influence de Pékin requiert davantage qu’un simple alignement politique. Avec des échanges bilatéraux atteignant un record de 518 milliards de dollars en 2024 pour la seule Amérique du Sud, la Chine s’est imposée comme un partenaire incontournable, finançant massivement des projets d’infrastructures. Francisco Urdinez, expert des relations régionales à l’Université catholique pontificale du Chili, souligne que des promesses vagues ne suffiront pas. « Ce qu’ils espèrent vraiment, c’est que Washington accompagne cet alignement politique d’avantages économiques tangibles », précise-t-il.
Donald Trump a déjà commencé à déployer cette méthode d’incitation financière ciblée. En octobre, il a validé un échange de devises de 20 milliards de dollars au profit de l’Argentine, dirigée par son allié Javier Milei, tout en augmentant les quotas d’importation de viande bovine argentine. L’enjeu pour les États-Unis dépasse le cadre commercial : il s’agit de sécuriser l’accès aux minerais critiques, comme le lithium, dont la Bolivie, l’Argentine et le Chili détiennent les plus grandes réserves mondiales.
En consolidant ce bloc régional, Donald Trump cherche également à accroître son rapport de force avant sa rencontre prévue avec le président chinois Xi Jinping au début du mois d’avril. Les analystes préviennent toutefois que tant que les États-Unis ne proposeront pas d’accords commerciaux et de financements capables de rivaliser avec les investissements chinois, la stratégie de refoulement de Washington aura des difficultés à se matérialiser.