Le Trésor public sénégalais entame l’année budgétaire 2026 sur une note paradoxale. Si les guichets de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) restent grandement ouverts aux sollicitations de Dakar, les conditions d’accès aux liquidités se durcissent de manière perceptible. En l’espace d’un mois, l’État a réussi à mobiliser une enveloppe massive pour financer ses projets, mais cette attractivité a désormais un coût qui reflète la nouvelle perception du risque souverain par les investisseurs régionaux.
Le mois de janvier 2026 s’est soldé par une mobilisation totale de 279,7 milliards FCFA, un chiffre qui dépasse largement les prévisions initiales des services de la dette. Selon les données relayées par Sud Quotidien, le Sénégal a réalisé deux opérations majeures sur le marché des titres publics. La première, effectuée le 16 janvier, a permis de lever 154 milliards FCFA contre 140 milliards recherchés, avec un taux de couverture de 121,2 %. La seconde, clôturée le 30 janvier, a rapporté 125,72 milliards FCFA, au-delà de l’objectif de 120 milliards. Ces résultats confirment que la signature du Sénégal conserve une capacité de mobilisation intacte auprès des acteurs financiers de la sous-région.
Cependant, l’analyse détaillée des rendements accordés aux investisseurs montre une tendance haussière des coûts d’emprunt. Pour séduire les bailleurs, le Trésor a dû valider des taux d’intérêt oscillant entre 6,96 % pour les bons à court terme (364 jours) et jusqu’à 7,82 % pour les obligations à moyen terme. Ces niveaux de rémunération, supérieurs aux standards des années précédentes, illustrent la prime de risque désormais exigée par le marché. Cette exigence fait écho à la dégradation récente de la notation souveraine du pays, qui contraint l’État à payer plus cher pour se financer localement.
Cette stratégie de financement domestique s’inscrit dans un plan plus large visant à mobiliser 2 700 milliards FCFA sur l’année 2026, soit une hausse de 20 % par rapport à 2025. L’option privilégiée par les autorités est de limiter l’exposition aux marchés internationaux, où les taux sont certes parfois plus bas, mais où le risque de change pèse lourdement sur le service de la dette. Actuellement, 40 % du portefeuille de la dette est libellé en devises étrangères, une proportion que le gouvernement tente de ne pas aggraver.
Interrogé sur la soutenabilité de cette dynamique, El Hadji Alioune Diouf, directeur de la Dette publique, se veut rassurant tout en restant lucide. Il maintient que la dette reste « viable » au regard du différentiel entre le taux de croissance et l’inflation. Toutefois, il reconnaît l’existence d’un arbitrage complexe : choisir entre une dette intérieure plus coûteuse (environ 7 %) mais sans risque de change, et une dette extérieure moins chère à l’émission (coût moyen global du portefeuille à 4 %) mais exposée aux fluctuations monétaires mondiales.
Quel dilemme! Mais que le gouvernement trouve des solutions pour attirer les investisseurs !