Dix sélections africaines fouleront les pelouses américaines, canadiennes et mexicaines à partir du 11 juin. C’est deux fois plus qu’en 2022, grâce à la réforme de la Fifa qui a porté le Mondial à 48 équipes. Mais cette performance arithmétique, souligne l’enseignant en géopolitique Emmanuel Dupuy dans une tribune au JDD, ne doit pas occulter les fractures qui traversent encore le continent.
Derrière l’exploit sportif, Dupuy voit un révélateur des inégalités et rivalités africaines. Si le Maroc, demi-finaliste en 2022 et coorganisateur du Mondial 2030, incarne la réussite, d’autres nations peinent à convertir leurs talents en résultats. Ainsi, des stars comme Victor Osimhen, Ademola Lookman (Nigeria), André Onana, Bryan Mbeumo (Cameroun), Serhou Guirassy (Guinée) ou Pierre-Emerick Aubameyang (Gabon) manqueront le Mondial 2026, illustrant les difficultés de certaines fédérations à qualifier leurs équipes malgré un réservoir de joueurs de classe mondiale.
Le tirage au sort, qui s’est tenu au John F. Kennedy Center, a réservé des groupes contrastés. Le Maroc a hérité d’un groupe C avec le Brésil, l’Écosse et Haïti, un défi de taille mais aussi une vitrine pour le football africain. Les Léopards congolais ont arraché la dixième place africaine en barrage intercontinental face à la Jamaïque (1-0 après prolongation), un exploit qui souligne la densité croissante du football africain.
Le sport est devenu un outil de soft power pour plusieurs pays. Le Maroc, premier investisseur africain dans le sport depuis 2018, construit le plus grand stade du monde à Rabat (115 000 places). L’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, le Rwanda, la RDC et le Nigeria investissent massivement dans les infrastructures. Une « coalition mondiale pour la cohésion sociale et la paix par le sport » sera présentée lors du 40e anniversaire du Crans-Montana Forum, avec ces nations géo-sportives comme fers de lance. Selon Lejdd, cette dynamique illustre l’émergence d’une diplomatie sportive africaine.
La CAN 2025 organisée au Maroc a montré que le football africain n’est plus « provincial » ou « folklorique », selon Dupuy. Les neuf stades livrés ou rénovés, dont quatre à Rabat, ont servi de galop d’essai avant le Mondial 2030. Mais les débordements lors de certains matchs rappellent que la communion sportive n’efface pas les tensions.
