Au Mexique, la présidente Claudia Sheinbaum a indiqué jeudi que son gouvernement n’envisagera l’extradition du gouverneur de l’État de Sinaloa vers les États-Unis qu’à une condition liée au dossier transmis par Washington. Cette prise de position intervient après l’annonce de poursuites américaines pour trafic de drogue visant un responsable en exercice et plusieurs autres personnalités politiques.
Selon les informations rapportées par Insider Paper, le département américain de la Justice a dévoilé mercredi des accusations contre le gouverneur de Sinaloa, Ruben Rocha Moya, ainsi que contre neuf autres personnes. Les autorités américaines les accusent d’avoir travaillé avec le cartel de Sinaloa pour faire entrer de « massives quantités » de stupéfiants sur le territoire américain.
Lors de sa conférence de presse matinale, Claudia Sheinbaum a déclaré que si le parquet mexicain reçoit des preuves « solides et irréfutables » conformes au droit mexicain, ou si sa propre enquête met au jour des éléments constitutifs d’une infraction, il devra donner suite à la demande d’extradition américaine. Elle a ajouté que si ces preuves ne sont ni fournies ni établies, cela montrerait, selon ses propos, que l’objectif des accusations du département de la Justice est politique.
Ruben Rocha Moya, âgé de 76 ans, dirige l’État de Sinaloa depuis 2021. Membre du parti Morena, il est présenté comme un proche allié de l’ancien président Andres Manuel Lopez Obrador. Dans un message publié mercredi sur les réseaux sociaux, il a rejeté les accusations américaines, les qualifiant d’attaque contre le mouvement politique Morena. D’après Insider Paper, les autres responsables visés par les poursuites américaines appartiennent eux aussi à ce parti.
Claudia Sheinbaum a également souligné qu’il s’agissait, selon elle, de la première fois que les États-Unis rendaient publiques des accusations de narcotrafic contre un gouverneur en exercice ou d’autres hauts responsables. « Nous n’allons protéger personne », a-t-elle affirmé.
Cette affaire s’ajoute à des tensions diplomatiques déjà marquées avec l’administration du président américain Donald Trump. Le climat s’est encore tendu après la mort récente de deux agents américains, présentés comme des membres de la CIA, dans un accident de voiture survenu dans l’État frontalier de Chihuahua lors d’une opération antidrogue. Le gouvernement mexicain n’avait pas autorisé leur présence opérationnelle sur son territoire. Le cartel de Sinaloa fait par ailleurs partie des six groupes criminels mexicains classés comme organisations terroristes étrangères par l’administration Trump. Si Mexico se dit favorable à une coopération renforcée en matière de renseignement, Claudia Sheinbaum a rejeté l’idée d’une présence militaire américaine au Mexique, qu’elle considère comme une atteinte à l’indépendance du pays.