« Pourquoi le Sénégal est-il dernier en Afrique dans la lutte antitabac ? » C’est la question posée par l’ONG LISTAB à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac. Dans une déclaration relayée par Lactuacho, son président Amadou Moustapha Gaye dresse un réquisitoire sévère contre l’État sénégalais, accusé d’avoir laissé la loi antitabac de mars 2014 devenir « une coquille vide ».
Une loi votée, mais jamais appliquée
Votée le 14 mars 2014, la loi antitabac interdit de fumer dans tous les lieux publics : hôpitaux, bâtiments administratifs, restaurants, bars, discothèques. Douze ans plus tard, « on fume partout, et tout le monde le sait », dénonce Gaye. Aucun de ces lieux ne respecte la législation. Le décret d’application, censé fixer les modalités de délivrance des autorisations d’ouverture et de fermeture des débits de tabac, serait « perdu dans le circuit administratif entre le ministère de la Santé et le Secrétariat général du gouvernement depuis plus de cinq ans », affirme LISTAB.
Des chiffres contestés
Le constat de l’ONG s’appuie aussi sur une enquête de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le Global Adult Tobacco Survey (GATS) 2025, qui annonce une baisse de plus de 25 % de la consommation de tabac chez les adultes par rapport à 2015. Mais LISTAB rejette ces chiffres, les jugeant « tronqués, trompeurs et complaisants » avec l’industrie du tabac. Une position déjà exprimée en janvier 2026, lorsque des experts locaux avaient contesté point par point la méthodologie de l’enquête.
Le ministre de la Santé, Ibrahima Sy, est pointé du doigt. Selon LISTAB, il serait « sous-informé par sa propre administration » et prendrait des décisions sur des données qui ne correspondent pas à la réalité du terrain. Ses prédécesseurs depuis le départ de l’ancienne ministre Awa Marie Coll Seck, initiatrice de la loi, n’auraient « apporté aucune avancée » dans la lutte antitabac.
LISTAB appelle le gouvernement à retirer du circuit administratif un projet de loi antitabac finalisé en novembre 2023, jugé « confectionné sans concertation avec la société civile ». L’ONG demande aux députés de ne pas inscrire ce texte à l’ordre du jour. Le Sénégal, selon l’organisation, ne respecte pas non plus le programme MPOWER de l’Organisation mondiale de la santé.

