« L’Afrique a toujours été vue comme une zone à haut risque » : l’enjeu financier du sommet de Nairobi

Les dirigeants africains réunis à Nairobi avec Emmanuel Macron veulent relancer un débat ancien sur le coût du crédit pour le continent, au moment même où Paris affiche sa volonté d’améliorer l’accès de l’Afrique au financement. Pendant deux jours, ce sommet Africa Forward doit servir à pousser une nouvelle fois l’idée d’une révision de la manière dont le risque africain est évalué, avec en ligne de mire davantage d’investissements dans des secteurs jugés clés.

Le rendez-vous est accueilli par le président kényan William Ruto et le chef de l’État français, avec la participation du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres et de délégations venues de plus de 30 pays africains. Parmi les chefs d’État annoncés figurent ceux du Botswana, de la Côte d’Ivoire, du Nigeria, du Sénégal et de la Zambie. Il s’agit aussi, pour la France, d’un sommet inédit dans un pays majoritairement anglophone, alors qu’elle organise régulièrement ce type de rencontres avec des États africains.

Musalia Mudavadi, ministre kényan des Affaires étrangères, a expliqué que l’un des points centraux portera sur la tarification du risque, afin que les pays africains ne soient plus pénalisés par l’idée qu’ils seraient plus risqués que des pays comparables. Dans un entretien relayé par Channelstv, il souligne que cette perception se traduit depuis longtemps par des taux d’intérêt plus élevés, aussi bien pour les États que pour les entreprises, et appelle les marchés financiers mondiaux à regarder l’Afrique autrement.

Une contestation ancienne face à des agences qui rejettent le biais régional

Mudavadi estime que les conflits, y compris la guerre au Moyen-Orient, montrent que toutes les régions portent une part de risque et que l’Afrique ne devrait pas être jugée de manière disproportionnée. Il reprend ainsi un argument avancé depuis longtemps par plusieurs dirigeants africains, qui accusent les grandes agences de notation de surestimer le risque du continent, ce qui alourdit les coûts d’emprunt et freine les investissements.

En face, les principales agences citées — S&P Global Ratings, Moody’s et Fitch — rejettent les accusations de biais régional et affirment s’appuyer sur des critères mondiaux rendus publics. Cette opposition nourrit aussi d’autres initiatives sur le continent. L’Union africaine veut mettre en place une agence continentale de notation de crédit, un projet que Mudavadi qualifie de critique, tandis que l’African Export-Import Bank a rompu en janvier avec Fitch en raison de son approche d’évaluation du risque.

Le ministre kényan ajoute que la présence, cette semaine, de bailleurs mondiaux et régionaux comme la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et la Banque africaine de développement devrait appuyer cette démarche. L’objectif affiché est de faire émerger de meilleurs mécanismes de financement pour soutenir l’Afrique et favoriser la création d’emplois sur le continent.

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