La transhumance dans tous ses états !, par Malick SONKO

   La transhumance dans tous ses états !, par Malick SONKO

Au Grand Théâtre de l’éthique politique, la transhumance est en concert ! Alors, haro sur les transhumants. Concert de casseroles contre la transhumance !

Pourtant, au milieu de cette cohue, on apprend que le Maire de Ngimbi, un élu du peuple, vient de transhumer vers l’APR. Comme pour ajouter à la confusion générale, voilà que le président WADE, considéré comme le métronome attitré de la transhumance, entre, par effraction, dans la danse, pour à son tour fustiger la transhumance qu’il considère désormais comme un véritable frein à l’émergence. Transhumance de la pensée, me diriez-vous, n’est-ce pas ?

En tous cas, ce que les acteurs politiques semblent avoir retenu le plus du récent face à face du Président de République avec la presse sénégalaise, c’est la transhumance politique.

Un célèbre avocat tantôt Ministre sous Wade, Maître El Hadji DIOUF pour ne pas le nommer, soudain devenu l’ardent défenseur du Président Macky Sall, les compare à des mouches. Après avoir bitumé les sucs les plus suaves du défunt régime, « l’homme du M23 » compte aujourd’hui parmi les meilleurs souteneurs de l’actuel régime. Prière de ne pas déranger ; on bitume ces feuilles fraîches de la nouvelle alternance ! Que personne ne vienne nous déranger !

Un des alliés socialistes du Président Macky SALL, Monsieur Willane, est allé même jusqu’à ravaler les transhumants à un rang inférieur aux bêtes sauvages. Ce faisant, il insulte tout l’héritage culturel du Parti socialiste fondé sur une guerre de tendances que substructure et régule une transhumance interne et fonctionnelle, savamment entretenue par ses Pères socialistes.

Ces nouveaux censeurs de la vie politique, dans une parfaite symphonie, condamnent cette ignominie qui semble déranger soudain l’homo senegalensis, après un demi-siècle de pratique. Et, montrer aujourd’hui  son indignation, parfois avec les mots les plus crus, face à cette propension bien sénégalaise est un nouveau signe de noblesse politique qui confère à la bonne conscience de son auteur une relative sérénité.

En marge du discours ambiant, politiquement correct, osons être cette voix discordante qui refuse l’anesthésie générale.

Prenons ce militant du Parti socialiste qui n’a jamais changé de Parti. Ce qu’il oublie, c’est que la transhumance politique a  été l’élément structurant de la guerre des tendances au sein de son Parti. Mais voilà que le Parti socialiste, après avoir enseigné la transhumance aux sénégalais, se transmue en un appareil politique qui transhume, allant jusqu’à s’allier, au nom du concept lénifiant de «coalition», à l’actuel régime libéral, au mépris des valeurs sacrées du socialisme fondateur.

Que le Parti socialiste rallie de façon structurelle le Parti libéral au pouvoir, et y goûtant les délices, renonce même à la conquête du Pouvoir, est, pour moi, la forme la plus éhontée de transhumance. Au nom de l’éthique politique, ces Alliés qui ont été les initiateurs des Assises dites nationales, avaient-ils le droit de soutenir la politique actuelle du Président Macky SALL qui est différente de celle du peuple desdites Assises. Comment appeler cette forme de renoncement aux valeurs ?

Prenons le cas de ces Partis marxistes, léninistes ou maoïstes, qu’ils s’appellent PIT, LD/MPT, peu importe. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont devenus véritables virtuoses de la transhumance. Ils ont réussi la prouesse de s’allier, au nom du Peuple,  avec tous les partis au Pouvoir, qu’ils soient d’obédience socialiste ou libérale. Les militants de ces organisations politiques, n’ont certes jamais changé de Parti et ils ont  bonne conscience.  Mais, ce dont ils ne se rendent pas compte, c’est qu’ils transhument sans cesse, en restant sur place. Qu’évoque pour eux le marxisme ? Un vague souvenir ! Quant à ce pour quoi ils ont été créés, la conquête du Pouvoir ? Un rêve lointain qui remonte aux années du mur de Berlin ! Aujourd’hui, ils se sont résignés à vivre aux dépens des Partis au Pouvoir quels qu’ils soient. Il leur suffit juste de trouver les justifications nécessaires, en rapport avec le mot « Peuple ».  Quand les poches sont vides, le « Peuple » souffre. Quand elles sont pleines, les grands équilibres macroéconomiques sont atteints. Et, on a bonne conscience. On se permet même de faire la morale aux autres. Cette forme subtile de transhumance larvée, qui ne dit pas son nom,  est la pire de toutes. On ne sait plus à quelle sainte éthique se vouer !

Au demeurant, je reste convaincu que quand un libéral du PDS transhume vers un autre parti libéral comme l’APR ou inversement, il ne renie pas ses valeurs politiques. Il reste libéral. Il change juste d’appareil politique.

Tout l’enjeu du débat actuel sur la transhumance réside dans la stratégie concoctée par ses Alliés pour éloigner le Président Macky SALL de ses anciens frères libéraux, même s’il constitue, pour la plupart d’entre eux, le meilleur espoir de perpétuer les valeurs du libéralisme. Il reste, en dépit de ce qui l’oppose à ses anciens frères de Parti, le meilleur continuateur de l’œuvre du Président WADE dont il est en partie comptable et qu’il a su rectifier en y mettant la dose d’éthique et de bonne gouvernance qui lui faisait tant défaut. WADE avait le regard tourné vers l’extérieur. Macky a préféré donné la priorité aux causalités internes par la rationalisation des ressources et par une généreuse politique de proximité pour soulager rapidement les souffrances des populations.

La transhumance est, en dernière analyse, une notion éminemment instrumentale. Sa  portée se mesure à l’aune des intérêts politiques. Si les transhumants arrivent massivement dans le parti au pouvoir, les Alliés pourront-ils conserver leurs prébendes et autres moyens de pression ? Le Président WADE, qui a usé et abusé à loisir de la transhumance, une arme qui risque de lui être retournée, n’a-t-il pas raison de la condamner aujourd’hui, étant donné qu’il va en être la principale victime ?

En tout cas, certains Alliés de Macky Sall sont devenus très suspects, aux yeux des observateurs avisés, pour n’avoir retenu de son face à face avec la presse que la transhumance, puisque c’est le seul sujet qui menace leur doucereuse compromission. Pourtant, ils auraient pu être les meilleurs porte-voix pour communiquer sur la nouvelle forme de gestion de proximité qu’il a initiée et qui suscite de réels espoirs au sein des populations.

Venons-en maintenant à ces honorables messieurs de la Société civile qui parlent toujours au nom du Peuple sans avoir reçu jamais de mandat de la part de celui-ci. On ne sait même pas qui les a mandatés pour parler à son nom. Pourtant, le peuple au nom duquel ils prétendent condamner la transhumance est, à l’analyse, plus qu’un transhumant, un véritable mutant. Ce peuple qui a été senghorien, dioufiste, wadiste, est aujourd’hui devenu profondément mackiiste. Et, c’est précisément la transhumance des suffrages qui justifie toute alternance en politique.

Alors transhumance, est-ce toi qui donne à la politique toute sa saveur et à l’homo senegalensis tout son charme et sa souplesse d’esprit ?

Sans la transhumance, la politique ne serait-elle pas ce parfum sans odeur, cet arbre sans feuille et qui ne se renouvelle pas.

Confinée au départ dans les arcanes du Parti-Etat, elle a débordé de son cadre originel pour revêtir les formes les plus subtiles de la compromission. Tantôt synonyme de « coalition » contre nature, elle peut revêtir les pires formes du parasitisme politique. Consubstantielle au multipartisme intégral et débridé, la transhumance s’est pourtant révélée être l’une des meilleures armes contre le fixisme, l’immobilisme et la stigmatisation. Dans les pays africains où elle n’est pas massivement pratiquée, tout le monde est dans les tranchées. L’ethnicisme et l’intolérance deviennent très vite les ressorts d’une guerre civile.

C’est sous ce rapport qu’il convient peut-être de la considérer comme un véritable facteur de régulation politique.

Pilier essentiel de la stabilité politique du Sénégal, elle semble avoir, en dépit des cris d’orfraie, de beaux jours devant elle.

Malick SONKO,

responsable politique APR à Ziguinchor

4 COMMENTAIRES
  • momo

    Un texte de la plus grande absurdité. Vous êtes tellement ridicules à vouloir vaille que vaille justifier les nombreuses inepties de votre chef de partie.
    Le ridicule ne tue plus.

  • HUMANOCRATE

    Il faut aussi parler de la transhumance journalistique

  • Diouldé

    Il faut ajouter à ce texte pertinent que le concept de transhumance des appareils politiques est très pertinent. Étymologiquement, la notion de transhumance s'applique plus au troupeau qu'à l'espèce animal ? Interprétée conformément à son sens originel, en politique, elle conviendrait plus à un groupe d'invidus (parti, organisation) qu' à un individu fût-il un militant qui change de parti.

  • Malick SONKO

    Exactement ! Au sens propre, la transhumance s’applique plus à un troupeau qu’à l’espèce animale prise isolément. Le parallélisme des formes aurait voulu qu’en politique, elle s’applique plus à un groupe d’individus conduit par un leader (comme un troupeau, par un berger), qu’à un individu seul. Chez l’animal, elle répond à un code instinctuel préétabli pour l’espèce. En politique, quand l’intérêt des peuples ou des organisations politiques transhume, les suffrages ou des pans entiers de militants transhument. Au Sénégal, ce concept a été subverti, peut-être inconsciemment, pour ne désigner que les personnes physiques et non les personnes morales. Les personnes morales (organisations politiques) ont des exigences qui reposent sur des valeurs partagées qui figurent dans leurs chartes constitutives. L’individu, lui, a des libertés et des choix encadrés par les lois et les règlements en vigueur. Quelle place accorder alors à l’éthique dans la transhumance ?

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