La société civile exige l’abrogation du délit d’offense après la condamnation de chroniqueurs pro-Pastef

La condamnation de trois chroniqueurs proches du parti Pastef à des peines de prison ferme a ravivé le débat sur le délit d’offense au chef de l’État au Sénégal. Mercredi 5 août, un tribunal a prononcé des sentences de deux et trois mois d’incarcération contre ces militants, après la diffusion d’une vidéo incendiaire.

Comme l’a rapporté RFI Afrique, les trois hommes y appelaient « au malheur et à la mort » contre « celui qui a trahi le projet du Pastef », une formule interprétée comme visant le président Bassirou Diomaye Faye.

La société civile sénégalaise estime que ces peines sont excessives et disproportionnées. Elle juge surtout que le recours au délit d’offense au chef de l’État, prévu par l’article 254 du code pénal, n’a plus lieu d’être. Cette disposition est qualifiée de vague et de dangereuse pour la liberté d’expression.

« L’interprétation est laissée à l’autorité en charge de faire appliquer la loi. Résultat : les citoyens ne savent pas ce que le procureur pourra utiliser contre eux, ce qui les pousse à se taire ou à s’autocensurer », explique Alfred Nkuru Bulakali, directeur régional de l’ONG Article 19.

Cette affaire intervient dans un contexte plus large de judiciarisation de la parole publique au Sénégal. En décembre 2025, Senego soulignait déjà que tout commentaire sur les réseaux sociaux, même anodin, pouvait conduire à des poursuites pour diffamation, fausses nouvelles ou offense au chef de l’État.

Alioune Tine, militant des droits humains, regrette que les forces politiques, une fois au pouvoir, conservent ces dispositions au lieu de les abolir. « C’est une épée de Damoclès au-dessus des opposants », dénonce-t-il. Il a réclamé l’abrogation du délit d’offense au chef de l’État au Sénégal, appelant le président Bassirou Diomaye Faye à faire preuve de courage.

Face à la prison, la société civile propose des sanctions alternatives comme des amendes ou des travaux d’intérêt général pour punir les discours haineux.

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