La littérature féminine avant et après la révolution islamique D’IRAN (*Souadou Amadou Ly)

L’Iran est un pays vaste doté d’une civilisation millénaire et est très riche en œuvres architecturales et littéraires. Le monde érudit confirme l’apport de l’Iran à la littérature universelle.

Cette littérature, vieille de plus de mille cents ans, pratique tous les genres avec de célèbres écrivains qui ont produit de grands œuvres. Les « classiques » sont aujourd’hui lus et étudiés à travers le monde. Parmi ces grands poètes, on peut citer Ferdowsi, Omar Khayyâm,  Mawlana, Saadi,  Hafez et Rudaki.

Tout au long de l’histoire, à travers le monde, la vie littéraire est intimement liée aux vicissitudes historiques. Elle ne reste pas figée, des genres naquirent et évoluèrent, des styles s’entremêlent. La  littérature persane pratique tous les genres dont le roman qui malgré la place de choix qu’occupe la poésie dans la culture iranienne, s’est parfaitement intégré dans la  scène littéraire iranienne.

Le Roman est un genre littéraire spécial et a une place particulière dans la représentation de la communauté. Comme disait Stendhal : « le roman est un miroir que l’on promène le long d’une rue ». Alors ce genre, étroitement lié à la société et à son développement peut nous renseigner sur l’actualité de l’époque de l’auteur.

En lisant le roman réaliste de tous les pays, on apprend davantage sur les différentes cultures et parfois on retrouve des ressemblances entre les différentes histoires des pays qui sont géographiquement très éloignés les uns des autres.

Auparavant avec le faible taux d’alphabétisation des femmes ainsi que les obstacles socio-culturels de la société patriarcale, il était difficile sinon impossible pour la femme de faire entendre sa voix.

Jusqu’aux dernières décennies du XIXe siècle, pour parler comme Simone De Beauvoir, «le deuxième sexe» est resté quasiment absent du champ littéraire, n’étant représenté et perçu que par les hommes.

Vieil de plus d’un siècle le roman  iranien a beaucoup évolué en passant du roman historique aux romans de mœurs sociales  qui se développent avec de nouveaux écrivains. On peut noter que ce  genre est devenu le moyen d’expression privilégié des écrivains et surtout des « écrivaines » avec l’irruption de romancières de talent.

Alors, ces dernières décennies passées peuvent être considérées comme celles du succès de la littérature féminine iranienne avec une floraison d’œuvres  romanesques et des romancières comme Shimin Daneshvar, Monirou Ravanipoor, Mahshid Moshiri, entre autres écrivaines, réalisent « l’écriture des femmes sur les femmes ».

C’est à partir des années40 que l’on note la présence des femmes  dans la littérature romanesque iranienne. Et ce qu’en 1969 que sort en Iran le premier roman dont à la fois l’auteur, le narrateur et le personnage principal sont des femmes. Il s’agit du roman » Suvachun » (Le deuil de Siavash) de Simin Daneshvar, best-seller de qualité qui reçoit un accueil jubilatoire du public.

Écrivaine renommée, femme de lettre, universitaire, Simin Daneshvar est l’une des plus célèbres romancières de la littérature féminine iranienne. Les œuvres romanesques de Dâneshvar occupent une place particulière dans la littérature iranienne contemporaine.

Brillante élève, née en 1921 à Shiraz, ville des grands poètes, elle publie son premier article à l’âge de seize ans, dans le journal régional de Shiraz. Femme de Jalâl Al-e Ahmad, grand intellectuel et écrivain engagé iranien, Simin a joué un rôle important dans l’association des écrivains iraniens fondée par son époux et quelques autres écrivains.

C’est en publiant Suvachun, son chef-d’œuvre, en 1969, qu’elle se fait officiellement connaître comme l’un des grands écrivains de la littérature moderne persane. D’ailleurs, “pour les lecteurs occidentaux également, ce roman est un exemple éminent de la littérature romanesque contemporaine de l’Iran et offre un éclairage unique sur la vie privée et intérieure d’une famille iranienne”.

Ce best-seller des romans iraniens, fut réédité plus de quinze fois et traduit en plusieurs langues. Dâneshvar intègre les activités sociales, les coutumes traditionnelles et les croyances des Iraniens tout en créant une histoire magnifiquement racontée.

La diversité de ses personnages et les thèmes abordés reflètent sa compréhension profonde des multiples facettes de la société iranienne. Elle dépeint habilement les mentalités, les idéaux, les aspirations, les modes de vie, les manières de parler ainsi que les expressions populaires des différentes couches de la société iranienne. La diversité des personnages mis en scène contribue à présenter une vue colorée des us et coutumes iraniens.

Après la révolution islamique, les femmes sont de plus en plus  non seulement  présentes dans la sphère socio-économique, nommées à des postes importants mais aussi, participent  vivement à la production littéraire qui était jusque-là, presque réservée aux hommes.

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En effet, c’est surtout après la révolution islamique que l’on assiste à un début d’expression féminine dans le champ littéraire placée sous le signe d’une conquête identitaire. Les événements de la révolution donnent aux femmes l’occasion de sortir du cadre restreint de la sphère familiale et traditionnelle et d’acquérir une nouvelle identité sociale.

Cette production romancière fonde ses thèmes de réflexion sur la condition féminine en général et sur les institutions matrimoniales et leurs corollaires en particulier.

Les sujets de la plupart des romancières iraniennes sont empruntés à la vie réelle et  inspirées par des gens autour d’elles ; par conséquent leurs écrits reflètent plus la réalité avec des thèmes tels que, le mariage, la naissance, la maladie, la mort, la trahison, l’exploitation, l’illettrisme, l’ignorance, la pauvreté et la solitude.

Et Simin disait :

« Je voudrais être le témoin de l’époque, et je voudrais idéaliser la réalité ; c’est cela, à mon avis, la littérature ».

À partir des années 80, c’est une nouvelle génération qui s’exprime. Des femmes instruites offrent un point de vue sur leur condition. Elles mettent à jour une série de questions jusqu’ici mal abordées. Ainsi les situations liées à la stérilité, à l’éducation des filles et aux relations avec la famille du mari sont développées et analysées, et élargissent donc considérablement la thématique du roman de mœurs.

Il y’a aussi  une nouvelle tendance qui fait couler beaucoup d’encre ces dernières années : celle d’une fiction «islamisante» avec un arrière-panislamique dont les thèmes portent sur les martyrs et leurs familles.

Parallèlement un certain nombre de jeunes  romancières vivant à l’étranger et, pour la plupart résidant en occident ont aussi connu d’évidents succès à l’étranger tel que Zoya pirzad, Shahrnoush Parsipoor…

En somme, la littérature persane a produit des œuvres fortes, belles et originales et a acquis ses lettres de noblesse.

Aujourd’hui, l’acte de participation des femmes à la vie littéraire (poétesse et romancière) est tel que l’on parle de plus en plus d’une littérature féminine. Beaucoup de romancières iranienne contemporaines ont acquis une notoriété internationale par la qualité de leurs productions, beaucoup de romans sont également traduit dans d’autres langues (français, anglais, allemand, arabe, espagnol, italien…) et les  best-sellers de cette dernière décennie ont été des œuvres de femmes.

Cette revue rapide des écrivaines iraniennes n’est pas exhaustive. Nous avons simplement voulu mettre en exergue quelques-unes dont Simin Daneshvar qui est le chef de file de cette littérature féminine.

*Souadou Amadou Ly, Doctorante en langue et littératures persanes

 

 

 

Avant Et Après Iran