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La crise de l’euro et la perspective de création d’une monnaie commune, l’éco
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La crise de l’euro et la perspective de création d’une monnaie commune, l’éco

L’euro connait présentement une dépréciation continue sur le marché des changes par rapport au dollar, mais aussi au franc suisse après des années de stabilité qui en ont fait une monnaie-refuge face à l’instabilité du dollar.

Le dollar américain vaut aujourd’hui plus d’un euro, soit une situation inédite depuis la création de cette monnaie unique de l’Europe en 2 000, alors que le rouble russe a augmenté de plus de deux fois et demie sa valeur face au dollar.

Cette chute de l’euro est imputable pour une large part à l’inflation généralisée consécutive aux chocs du COVID et de la guerre en Ukraine, mais également à la riposte russe aux sanctions à elle infligées, qui ont déréglé les chaînes d’approvisionnement, de transport et de logistique mais également déréglé le commerce international des produits énergétiques, des céréales et des engrais, le tout ayant mis quasiment à l’arrêt une économie mondiale jusque-là dominée par l’Europe et les USA.

L’arrêt des économies européennes, plombées par ces hausses de tous ordres, interpelle la Banque Centrale Européenne (BCE) dont la mission est de maintenir la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) pour sauvegarder la valeur de l’euro.

L’arme la plus dissuasive contre l’inflation est la hausse des taux d’intérêts pratiqués par les banques en matière de prêts à leurs clients. Cette politique d’augmentation des taux est du ressort des banques centrales, gardiennes de la politique monétaire, qui fixent les taux directeurs sur lesquels les banques ajoutent leurs taux de marge pour aboutir aux d’intérêts bancaires appliqués aux clients.

Pour freiner la consommation, l’investissement ou l’endettement public, la banque centrale agit sur les taux directeurs en les haussant afin d’enrayer des évolutions haussières. En Europe, le problème vient de l’endettement public.

Les Etats émettent des obligations (d’Etat évidemment) pour couvrir leurs budgets structurellement déficitaires. Pour une large part, ces obligations sont indexées sur l’inflation, ce qui présentement, avec un taux moyen avoisinant 9 %, soit 7 points de plus par rapport au taux standard à moyen terme (2 %), pèse sur les budgets annuels à travers les frais financiers, et contribue à creuser encore plus les déficits publics.

Ces titres émis par les Trésors nationaux sont souscrits par les banques, les particuliers, les opérateurs de bourse, pour placer leurs excédents de trésorerie.

La BCE doit faire face à deux types de membres, à savoir les pays endettés qui ont intérêt à maintenir des taux d’inflation bas pour pouvoir rembourser et s’endetter plus encore, et les pays peu endettés, favorables à une augmentation des taux d’intérêts pour casser la spirale inflationniste.

En UE, trois pays ont une dette publique supérieure à 120 % de leur PIB. Il s’agit en premier de la Grèce avec un ratio atteignant 193,3 %, et qui détient de loin le plus fort taux d’endettement de l’Union européenne, (150,8 %). Vient ensuite le Portugal (127,4 %). Le troisième pays est la France qui avait un ratio dette publique/PIB de 114,5 % en mars 2022.

La BCE a mis en place depuis 2015 une politique de soutien à l’endettement appelée « Quantitative easing » consistant à racheter ces obligations d’Etat à leurs souscripteurs afin de baisser les taux d’intérêts et favoriser la croissance économique.

Or aujourd’hui, d’autres pays européens comme l’Allemagne privilégient une politique de remontée des taux d’intérêts pouvant même aboutir à une récession puisque les crédits bancaires deviennent plus chers, en particulier les crédits immobiliers qui génèrent une part importante de la hausse des prix.

Contrairement à ceux d’Europe, les Etats africains faiblement endettés !

La zone euro se voit, elle, tiraillée entre le Nord pris à la gorge par le coût de l’énergie et où les Allemands en tête feront tout pour augmenter les taux d’intérêts afin de rééquilibrer leur balance commerciale, et le Sud surendetté (Grèce, Espagne, Portugal, Italie et même France) dont chaque nouveau point d’inflation augmente de façon insoutenable le coût de l’endettement.

Pour la première fois depuis sa réunification, l’Allemagne est en déficit : un milliard d’euros rien que pour le mois de mai. La banque centrale allemande est ainsi très regardante sur les choix de politique monétaire de la BCE, ce qui laisse entrevoir des solutions douloureuses pouvant aboutir à des changements profonds dans la mission de la BCE.

La situation est différente en Afrique et en particulier au niveau des pays dont la monnaie, le Fcfa, est pourtant arrimée à l’euro. En effet, les taux d’endettement publics des Etats sont plus faibles ; peu d’Etats de l’UEMOA ont un endettement avoisinant 80 % comme le Ghana.

Contre toute attente, le Ghana vient de solliciter l’aide du FMI afin de corriger des déséquilibres liés à sa balance des paiements. Le président Nana Akufo-Addo a défendu sa décision en la fondant sur la nécessité de « réparer à court terme les finances publiques du pays » après le double choc de la pandémie et de l’invasion russe en Ukraine. Son taux d’inflation est d’environ 27 % et son endettement atteint près de 80 % du PIB.

Le Ghana s’était pourtant promis de ne pas faire appel au FMI pour résoudre ses déséquilibres de paiement. La raison de son changement d’attitude tient sans doute à l’amoindrissement de ses réserves de change l’empêchant d’honorer ses engagements en devises et de faire face à ses importations non compensés par ses recettes d’exportation d’or, de cacao, de pétrole libellées en dollar, et qui ont donc profité de la hausse de cette devise.

En cela ce pays, anciennement appelé « Gold coast », rejoint les pays d’Europe frappés par la crise ukrainienne.

Les banques africaines sont moins impliquées dans la distribution de crédit que les banques européennes et américaines. En UEMOA, la règlementation prudentielle relative aux normes de gestion des banques alliée à une surveillance accrue de organes de contrôle de la BCEAO, les difficultés de réalisation des garanties réelles et les lenteurs dans la prise et l’exécution des décisions de justice poussent les banques à privilégier les emplois de trésorerie, en particulier la souscription de tires d’Etat.

Compte tenu de cette forme de déconnexion des banques du financement de l’économie, la manipulation des taux d’intérêts comme instrument de politique monétaire n’a pas la même efficience que dans la zone euro. Malgré les poussées inflationnistes liées à la guerre en Ukraine, la BCEAO n’a pas fondamentalement changé ses taux directeurs.

Ankylosés pour ne pas dire paralysés par l’appartenance à une zone monétaire forte, les pays de l’Uemoa n’ont pas eu, en 20 ans d’euro, ni l’opportunité ni la souplesse nécessaires pour bâtir une politique d’exportation profitable en ces temps de dépréciation de l’euro par rapport au dollar. La production de biens manufacturés est quasi inexistante parce qu’annihilée par l’importation que rendait facile le pouvoir d’achat du FCFA.

Aujourd’hui le Fcfa se déprécie par rapport au dollar sans pour autant induire des opportunités d’exportation de produits finis, à l’exception de pays comme l’Algérie à base manufacturière plus forte. Frappé d’immobilisme, le FCFA participe pour une part infime dans la stabilité de l’euro, davantage menacée par les intérêts divergents de ses membres.

Les pays d’Afrique de l’Ouest sont importateurs nets de produits alimentaires. De ce fait, la flambée des cours des produits agricoles, notamment du blé, du maïs, des oléagineux et des produits laitiers, s’est traduite par un renchérissement des importations, aggravé par l’augmentation des coûts de transport du fait de l’énergie chère et de la hausse du dollar vis-à-vis du franc CFA.

Enfin, la hausse du dollar par rapport au FCFA a pour autre effet le renchérissement des annuités de la dette libellée en dollars, en ce qu’elle nécessitera le débours de davantage de FCFA pour respecter les échéances, ce qui peut induire un nouvel endettement pour payer la dette échue.

Par conséquent, la théorie voulant que la dépréciation de la monnaie d’un pays par rapport à la monnaie de transaction tire les exportations de ce pays vers le haut du fait de la variation de taux de change, ne vaut que lorsque le pays possède une base de production manufacturière soutenant la concurrence avec les produits importés.

Cela revient à dire que nos pays doivent dépasser l’étape de l’exportation de matières non ou peu transformées pour pouvoir mettre en œuvre des politiques monétaires axées sur les rapports de taux de change.

L’ECO prévu pour être créé devra résoudre les questions de développement agricole, industriel, d’harmonisation de politiques budgétaires, de péréquation économique et financière entre pays membres pour être une monnaie commune dans une zone monétaire optimale.

Par Abdoul Aly Kane

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