KIIRAAY : quand le nom et le symbole racontent une autre histoire (L’OEIL DE CHEIKH)

En politique, le nom et le logo d’un parti ne sont jamais anodins. Ils constituent la première déclaration d’intention, avant même le programme. Ils traduisent une vision, une identité et un message adressé au peuple.

Le nouveau parti présidentiel, baptisé KIIRAAY – Les Patriotes Républicains, suscite pourtant plusieurs interrogations, tant sur le choix de son nom que sur la symbolique de son identité visuelle.

Un nom qui interroge

En wolof, « Kiiraay » renvoie notamment à l’idée de protection ou d’abri, mais, selon les contextes et les usages populaires, il peut également évoquer l’idée de dissimuler, cacher ou mettre à couvert. Cette pluralité de sens peut ouvrir la porte à des interprétations contrastées, ce qui n’est pas toujours souhaitable pour un parti politique cherchant à construire une identité claire.

Au-delà de sa signification, le mot présente d’autres limites.
Son orthographe, avec la double voyelle « ii », n’est pas intuitive pour un grand nombre de personnes. Pour un étranger, un partenaire international ou même une partie des Sénégalais peu familiarisés avec cette graphie, le nom peut être difficile à mémoriser, à écrire correctement ou à prononcer.

Or, un grand parti politique cherche généralement un nom simple, immédiatement identifiable et facilement mémorisable.
Le choix de KIIRAAY ne répond pas nécessairement à cet objectif.

« Patriotes – Républicains » : une identité redondante

Le sous-titre du parti pose également question.
Être patriote consiste à aimer, défendre et servir sa nation.
Être républicain consiste à respecter les institutions de la République.

Dans une démocratie moderne, ces deux notions sont naturellement complémentaires.
L’association des deux termes peut donc donner l’impression d’une redondance sémantique plutôt que d’une véritable innovation politique.

Au lieu de renforcer l’identité du parti, cette juxtaposition peut brouiller son message.

Le parapluie : une protection limitée

Le symbole central du logo est un parapluie rouge.
Le parapluie est un objet du quotidien conçu pour protéger une personne contre la pluie ou, parfois, contre le soleil.
Mais peut-il symboliser la protection d’une Nation entière ?
Un État protège ses citoyens grâce à ses institutions, à sa justice, à son armée, à sa police, à son système de santé, à son école, à son économie et à sa solidarité nationale.

Un simple parapluie paraît alors représenter une protection individuelle, ponctuelle et limitée, bien éloignée de l’idée de protection globale qu’incarne normalement un État.
Cette image peut ainsi sembler insuffisante pour représenter les responsabilités d’un pouvoir politique.

Une main gauche qui interpelle

Le logo montre une main gauche tenant le parapluie.
Sur le plan graphique, ce choix est possible.
Mais sur le plan culturel, certains peuvent y voir une discordance avec les usages sénégalais.
Dans la tradition sénégalaise, la main droite occupe une place particulière.

C’est avec elle que l’on salue.
C’est avec elle que l’on partage le repas.
C’est avec elle que l’on remet un présent.
Elle symbolise le respect, l’honneur et la considération.
Le choix d’une main gauche peut donc surprendre une partie du public, même si cette interprétation relève d’une lecture culturelle et non d’une règle universelle.

Une carte du Sénégal en partie masquée

Autre élément marquant :
La carte du Sénégal apparaît derrière la main.
Visuellement, une partie du territoire semble recouverte.
Certains observateurs pourraient y voir l’image d’une nation cachée derrière une autorité plutôt que portée par elle.

Une autre représentation aurait pu transmettre un message différent :
Une main ouverte.
Une main tendue.
Une main portant la carte du Sénégal.
Une main soutenant l’ensemble des citoyens.
Cette symbolique aurait davantage évoqué le service, l’accueil et la protection collective.
Le choix du rouge
Le parapluie est rouge.
Le rouge est une couleur forte.
Elle évoque l’énergie, le courage et la détermination.
Mais elle peut également rappeler le conflit, la tension, l’urgence ou l’affrontement.

Pour un parti qui souhaite incarner l’unité nationale et l’apaisement, certains pourraient s’attendre à une palette davantage associée à la sérénité, à la stabilité ou à l’espérance.
Là encore, il s’agit d’une interprétation symbolique : les couleurs n’ont pas un sens unique et leur lecture varie selon les cultures et les intentions des concepteurs.

Un logo qui raconte malgré lui une autre histoire

Pris séparément, chacun de ces éléments peut paraître anodin.
Mais réunis dans une même composition, ils produisent un récit visuel.
Un nom qui peut prêter à plusieurs interprétations.
Une identité

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2 commentaires

  1. Pourtant d’aprés votre analyse, la main gauche sied bien pour porter le parapluie. La main droite ètant toujours prète pour saluer, unir, offrir etc. C’est signe d’efficacité, de promptitude. Le temps est précieux et il faut pas en perdre en changeant de main à chaque qu’il faut saluer ou passer à une action.

  2. Créer un parti politique au Sénégal: le festival des symboles complètement à côté de la plaque
    On nous sort encore les mêmes logos sortis d’une banque d’images de 1995 pour charmer les électeurs. Sauf que copier-coller des métaphores universelles sans réfléchir au contexte local, ça ne fait plus rêver personne. Ça fait juste rire.
    Petit tour d’horizon de ces choix dits stratégiques complètement hors-sol:
    L’olivier pour la paix ?
    Magnifique… pour l’huile en Méditerranée. Au pays de la Teranga, aller chercher un arbre qui ne pousse pas dans le Sahel pour parler de concorde nationale, c’est le sommet de la déconnexion.
    La fusée pour le progrès ?
    Super. Sauf que les urgences, c’est l’emploi des jeunes, la vie chère et les services de base. Vendre la conquête spatiale quand la jeunesse cherche juste un avenir ici-bas, c’est de la science-fiction.
    Le baobab pour les racines ?
    L’image a tellement été essorée par trois générations de politiciens qu’elle devient suspecte. À force de vendre l’enracinement, certains partis incarnent surtout l’immobilisme. Les citoyens veulent avancer, pas prendre racine.
    Le lion pour le courage ?
    Le pauvre lion n’en peut plus. Il est partout: maillots, hymne, ministères et partis depuis 1960. À ce niveau-là, ce n’est plus du leadership, c’est de la paresse intellectuelle. Un peu d’inédit, s’il vous plaît.
    Le pont pour le lien et La balance pour la justice ?
    Le problème, c’est le recyclage. Dessiner un pont tout en organisant la transhumance massive des cadres de l’ancien régime… c’est fort. Hier encore, c’était le bourreau à combattre; aujourd’hui, on l’accueille en héros pour gratter des voix. La balance penche surtout du côté de l’amnésie sélective.
    Une image peut raconter des siècles d’histoire. Mais quand elle est mal choisie, piétinée par l’opportunisme et décorée par les figures du passé, elle prouve surtout une chose: l’incapacité d’un parti à comprendre son époque et la maturité de son peuple.
    À quand des projets réels !

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