Israël : pourquoi les frappes s’intensifient encore dans la bande de Gaza

Dans la bande de Gaza, l’armée israélienne a accentué ses opérations ces derniers jours, en dépit du cessez-le-feu annoncé en octobre. Selon des médecins et responsables sanitaires locaux cités par Al Jazeera, au moins quatre Palestiniens ont été tués en 24 heures, dont une femme de 40 ans à Khan Younès. Sur la seule dernière semaine, le bilan dépasserait 25 morts, portant à plus de 800 le nombre de personnes tuées depuis l’entrée en vigueur de la trêve.

Cette nouvelle phase d’escalade intervient dans un territoire déjà ravagé par plus de deux ans de guerre, qui aurait fait plus de 72 500 morts palestiniens. Sur le terrain, l’armée israélienne a renforcé ses frappes ciblées contre la police palestinienne. Elle a récemment reconnu avoir tué six policiers, en affirmant qu’ils préparaient des attaques imminentes, sans fournir d’éléments publics pour étayer cette accusation.

Des analystes palestiniens estiment que cette stratégie vise à empêcher tout retour à la stabilité. Le politologue gazaoui Ahmed al-Tanani considère que les forces de police sont visées pour priver l’enclave de tout cadre sécuritaire et favoriser un climat de chaos interne. Selon lui, cette pression contribuerait à rendre le territoire invivable et à pousser les habitants vers le déplacement. En parallèle, l’armée israélienne poursuivrait son avancée dans l’ouest de Gaza et aurait étendu de 37 km la zone orientale sous contrôle militaire, jusqu’à couvrir environ 60 % de l’enclave.

Or, selon les termes du cessez-le-feu, Israël devait se retirer de Gaza à la fin de la première phase de l’accord. Ce retrait n’a pas eu lieu, alors même que la trêve est entrée dans sa deuxième phase. Cette situation coïncide avec la paralysie de la Commission nationale pour l’administration de Gaza, structure composée de technocrates palestiniens et mise en place dans le cadre du “Board of Peace” soutenu par les États-Unis.

Pour l’analyste politique Iyad al-Qarra, cette commission a été vidée de sa substance et tenue à l’écart au Caire, sans possibilité d’agir concrètement à Gaza. L’expert Mohanad Mustafa estime, lui, qu’Israël bloque délibérément l’installation de cette administration afin d’empêcher toute reprise de la vie civile et politique dans l’enclave. Du côté américain, le stratégiste républicain Adolfo Franco défend la position israélienne et affirme que la mise en œuvre de la trêve reste suspendue tant que le Hamas refuse de se désarmer. Le mouvement islamiste répète pour sa part qu’il ne déposera pas les armes tant que les forces israéliennes occuperont le territoire palestinien.

Les critiques portent aussi sur l’aide humanitaire. L’accord prévoyait l’entrée de 600 camions par jour, mais seuls 150 à 190 traverseraient actuellement vers Gaza, soit à peine 20 % du volume attendu selon Iyad al-Qarra. Les équipements essentiels pour déblayer les gravats et réparer les hôpitaux resteraient bloqués. Dans ce contexte, la perspective d’une administration palestinienne autonome et opérationnelle paraît de plus en plus lointaine, alors que les violations quotidiennes de la trêve continuent d’alimenter un climat de guerre permanente.

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