J’ai vécu les inondations à Guinaw Rails Nord, de plein fouet, entre 2005 et 2012.
J’ai vu des familles dormir à la belle étoile. J’ai vu des repas préparés sur des tas de briques, parfois au milieu des eaux. J’ai vu aussi des familles, des voisins, se déchirer sous la pression et le désarroi provoqués par ce fléau.
Face à cette situation, nous avons compris qu’il fallait provoquer un sursaut citoyen.
C’est ainsi qu’est née Guinaw Rails REC — Renaissance de l’Esprit Citoyen : un effort collectif fondé sur la responsabilité, l’anticipation et l’action.
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Nous avons commencé par nous-mêmes.
Avant chaque hivernage, nous préparions les canaux d’évacuation. Nous cherchions à comprendre et à retracer les parcours du ruissellement. Nous avons creusé des canaux pour conduire les eaux vers les exutoires et travaillé avec les services de l’État sur la compréhension du système d’évacuation.
Notre conviction était simple : il fallait apporter des solutions transitoires tout en travaillant à des solutions durables et structurelles.
Aujourd’hui, en voyant Dakar sous les eaux, j’ai appelé ma mère pour m’enquérir de la situation. Sa réponse m’a rassuré :
« Alhamdoulillah ! Fi mom dox bi mo gui dem. »
Oui, Guinaw Rails a bénéficié d’importants investissements dans le cadre des programmes de lutte contre les inondations. Le Plan décennal 2012-2022 avait notamment pour ambition de construire des ouvrages de drainage, de stockage et de pompage et de mieux intégrer la connaissance du risque dans l’aménagement.
Mais une question demeure : qu’est-ce qui s’est passé ?
Pourquoi, malgré les investissements réalisés et les ouvrages construits, certaines zones de Dakar restent-elles aussi vulnérables aux eaux pluviales ?
Il ne s’agit pas de chercher des coupables dans l’urgence. Il faut évaluer, comprendre et corriger.
Il est donc nécessaire de ressortir les conclusions de l’évaluation du Plan décennal, d’examiner ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, les ouvrages réalisés, leur entretien, leur capacité réelle, les problèmes d’urbanisation et les nouveaux parcours du ruissellement.
D’ailleurs, les pouvoirs publics reconnaissent aujourd’hui la nécessité de poursuivre la planification : le PROGEP II prévoit notamment la révision des plans de gestion des risques d’inondation et des plans directeurs de drainage, y compris pour Guinaw Rail Nord et Guinaw Rail Sud.
L’expérience de Guinaw Rails nous enseigne une chose fondamentale :
Gouverner, c’est prévoir.
Prévoir les pluies.
Prévoir les ruissellements.
Prévoir l’entretien des ouvrages.
Prévoir l’évolution des villes.
Prévoir les conséquences du changement climatique.
Et surtout, ne jamais attendre que les populations aient les pieds dans l’eau pour commencer à chercher des solutions.
L’anticipation doit être une politique publique permanente, pas une réaction à chaque hivernage.





Il fallait tenir les mêmes propos lors des inondations de l’année dernière