Le Sénégal tangue au rythme d’une crise politique d’une rare acuité, révélant au grand jour des fractures institutionnelles profondes.
Alors que les tensions couvaient depuis des mois, la confrontation a pris une tournure inédite au sommet de l’État : l’Assemblée nationale, solidement arrimée à une majorité Pastef dirigée par son président Ousmane Sonko, vient de bloquer net la Loi de finances rectificative (LFR) présentée par le gouvernement du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô.
Ce verrouillage budgétaire marque un tournant chirurgical dans le bras de fer qui paralyse l’action publique. En s’opposant frontalement aux arbitrages financiers de l’exécutif, la représentation nationale adresse un signal d’une extrême gravité. Pour les observateurs avisés, geler une LFR ne relève pas d’une simple opposition de principe ; c’est priver l’État de ses leviers d’ajustement, suspendre des investissements vitaux et fragiliser la crédibilité macroéconomique du pays.
C’est précisément dans ce climat d’asphyxie programmée que le parti KIIRAAY « Les patriotes républicains » a jeté un pavé dans la mare. Par la voix de Cheikh Ibrahima Diallo, son coordonnateur départemental chargé des affaires religieuses et culturelles, la formation a dressé un réquisitoire implacable. Dénonçant l’inconscience et le mépris affichés par les acteurs politiques qui torpillent le pacte civil et déchirent le tissu social, M. Diallo n’a pas mâché ses mots : si cette course en roue libre continue de freiner l’appareil productif, « ce serait la fin des temps pour le pays ».
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Au cœur de cette charge se profile une question institutionnelle lancinante : quel rôle joue le chef de l’État ? Dans la rhétorique du parti KIIRAAY, le Président de la République apparaît comme l’ultime soupape de sécurité, le recours indispensable censé intervenir pour endiguer cette dérive et recadrer le jeu politique.
La situation est désormais critique. Le Sénégal ne peut s’offrir le luxe d’une guerre d’usure entre un Parlement tout-puissant et un gouvernement ligoté par des blocages partisans. Au-delà des manœuvres politiciennes, c’est le quotidien de millions de citoyens — pris en étau entre la cherté de la vie et l’incertitude économique — qui subit les contrecoups de cette instabilité.
L’heure n’est plus aux démonstrations de force, mais à un sursaut républicain urgent pour éviter que le bras de fer institutionnel ne se transforme en naufrage national.
Cheikh Ibrahima Diallo, coordonnateur départemental chargé des affaires religieuses et culturelles, Kaolack*



