Ibrahima Ndong, 50 ans de soins à Falia : l’agent de santé devenu figure tutélaire

Dans le village insulaire de Falia, au cœur du delta du Saloum, un homme lutte contre la maladie tout en continuant à soigner les autres. Ibrahima Ndong, 70 ans passés, souffre d’une grippe mais reste fidèle à son poste. Agent de santé communautaire depuis près d’un demi-siècle, il incarne l’espoir pour cette communauté enclavée.

Rien ne le prédestinait pourtant à cette vocation. Comme la plupart des hommes de Falia, il se destinait à la pêche. Un jour de 1977, alors qu’il était en mer avec son père, le sous-préfet de Niodior l’a repéré et a proposé une formation d’agent de santé. Ibrahima Ndong réussit brillamment l’examen final à Foundiougne et entame une carrière qui va transformer sa vie et celle de son village.

Mais le manque de moyens le pousse à quitter Falia pour Dakar en 1985. Avec seulement 5 000 francs CFA perçus une fois, il cherche un avenir meilleur pour sa famille. Un retour au village lors d’une épidémie de paludisme va tout changer. « Une quarantaine de personnes étaient malades », se souvient-il. Il épuise son stock de médicaments en deux jours et doit se rendre à Joal pour en racheter. Cet épisode le convainc de rester, partageant son temps entre la pêche et les soins.

L’abnégation d’Ibrahima Ndong prend toute sa mesure au regard du dénuement sanitaire qui frappe les zones les plus reculées du Sénégal. Dans le département de Bignona, par exemple, plusieurs villages se partagent un unique poste de santé, rendant l’accès aux soins d’une précarité extrême. Entre fin 2022 et début 2023, selon l’APS, un incendie y a sévèrement impacté ce poste, paralysant son fonctionnement et plongeant des milliers d’habitants dans une situation encore plus critique. Ce drame illustre crûment la fragilité d’infrastructures déjà sous tension, à l’image de celles que « Pa Birama » maintient à bout de bras dans le delta. Ici, les évacuations se faisaient en pirogue à rame vers Dionewar, parfois avec des accouchements improvisés. Même si des pirogues motorisées facilitent aujourd’hui les transferts, la précarité demeure.

Ibrahima Ndong, que tous appellent « Pa Birama », tient un registre des naissances et des décès. Il assure également les fonctions de chef de village en raison de la santé fragile de son frère aîné. Chaque nuit, il reste prêt à intervenir. « Je suis prêt, même cette nuit », confie-t-il.

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