Guerre contre l’Iran : l’arrêt des terminaux qataris ampute la production mondiale d’un gaz indispensable aux hôpitaux.

La guerre américano-israélienne contre l’Iran a provoqué des perturbations majeures sur le marché mondial de l’énergie. Le blocage partiel du détroit d’Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce maritime, entraîne une réaction en chaîne qui dépasse le seul secteur énergétique pour atteindre l’agriculture, l’industrie médicale et le fonctionnement d’États entiers en Asie du Sud.

Selon les données diffusées par Al Jazeera, le détroit d’Ormuz voit transiter 27 % du commerce maritime mondial de pétrole et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL). Face à l’intensification du conflit, des pays producteurs comme l’Arabie saoudite réorientent leur pétrole vers des oléoducs alternatifs, tandis que le Qatar a décidé de suspendre sa production de GNL.

Cette suspension qatarie a des répercussions industrielles directes et immédiates. Le traitement cryogénique du gaz naturel, refroidi à -162 degrés Celsius pour sa liquéfaction, permet d’extraire des sous-produits essentiels. L’arrêt des infrastructures de QatarEnergy prive ainsi le marché de 5,2 millions de mètres cubes d’hélium par mois, ce qui représente environ un tiers de la production mondiale. Ce gaz de refroidissement est techniquement indispensable au fonctionnement des appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM) dans les hôpitaux, ainsi qu’à la dissipation thermique dans l’industrie des semi-conducteurs et des centres de données.

Le secteur agricole mondial se trouve également fragilisé. Les pays du Golfe exportent près de la moitié de l’urée échangée dans le monde, un composant de base des engrais. La décision de QatarEnergy a mis à l’arrêt la plus grande usine d’urée au monde. À cette situation s’ajoute la fermeture du port omanais de Salalah, qui abrite un terminal de stockage d’ammoniac, visé par une attaque de drone le 11 mars dernier.

En Asie du Sud, l’interruption des livraisons depuis le Golfe a déclenché une crise énergétique aiguë. Le Pakistan, dont la production d’électricité dépend à 28 % du gaz naturel (importé à 99 % du Qatar et des Émirats arabes unis), a dû instaurer des mesures d’urgence. Le gouvernement a notamment imposé le passage à une semaine de travail de quatre jours pour les fonctionnaires et avancé les vacances scolaires printanières pour limiter la consommation.

Au Bangladesh, où le gaz assure la moitié de la production électrique nationale, les autorités ont réduit les approvisionnements et sollicitent actuellement près de deux milliards de dollars de prêts auprès de bailleurs internationaux pour stabiliser les prix de l’énergie. En Inde, le gouvernement a émis une directive le 9 mars pour réorienter le gaz naturel et le GNL regazéifié vers les secteurs prioritaires, forçant les industriels de la pétrochimie à réduire leurs activités et poussant le pays à se tourner davantage vers le charbon pour sa production électrique.

À l’échelle mondiale, le rapport 2025 de l’Union internationale du gaz (IGU) rappelle que 411,24 millions de tonnes de GNL ont été échangées en 2024. Les États-Unis demeurent le premier exportateur mondial (88,4 millions de tonnes), devant l’Australie (81 millions) et le Qatar (77,2 millions). Du côté de la demande, la Chine se maintient comme le premier importateur mondial, suivie par le Japon et la Corée du Sud.

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