Football sénégalais : Le temps de la responsabilité, de l’humilité et du dépassement

La décision rendue publique ce 21 août 2026 par le Tribunal Arbitral du Sport doit nous interpeller bien au-delà de la bataille juridique qu’elle concerne. Elle devrait surtout être l’occasion d’une méditation collective sur l’avenir du football sénégalais.

Le TAS a considéré que le recours introduit par Mady Touré ne devait pas être déclaré irrecevable et a renvoyé le dossier devant la Commission de recours en matière électorale de la Fédération Sénégalaise de Football pour qu’il soit examiné sur le fond. Mais il a également pris soin de préciser que ce renvoi n’a, à ce stade, aucune incidence sur les résultats de l’élection présidentielle d’août 2025.

Cette situation pose une question qui, à mes yeux, dépasse désormais Mady Touré, Abdoulaye Fall, les différents camps et même le contentieux électoral lui-même : Jusqu’où voulons-nous conduire le football sénégalais ?

Depuis l’élection, les procédures se succèdent, les positions se raidissent et les passions restent vives. Pourtant, notre football a aujourd’hui besoin de tout sauf d’une nouvelle période d’incertitude, de fractures et de confrontations.

Où sont les autorités morales de notre football ?

C’est peut-être la question qui me préoccupe le plus.
Le football sénégalais compte des personnalités respectées, d’anciens dirigeants, des internationaux qui ont servi la Nation, des techniciens, des sages et des hommes et femmes dont la parole porte.

Pourquoi aucune véritable initiative de médiation n’a-t-elle émergé ?

Pourquoi personne ne s’est-il suffisamment investi pour rapprocher les positions, parler aux différents protagonistes et rechercher une sortie honorable dans l’intérêt supérieur du football sénégalais ?

Médiation ne signifie ni renoncement au droit, ni reconnaissance d’une faute.

Elle signifie simplement qu’à un certain niveau de responsabilité, il existe des moments où l’on doit être capable de dépasser ce que le droit permet pour réfléchir à ce que l’intérêt général commande.

Je crois que ce moment est arrivé.

Un appel fraternel à Mady Touré

Je voudrais particulièrement m’adresser à Mady Touré. Son droit de contester ne saurait être nié. Le TAS vient d’ailleurs de reconnaître que son recours devait être examiné sur le fond.
Mais précisément parce qu’il vient d’obtenir cette reconnaissance juridique, il peut aujourd’hui poser un acte encore plus fort : celui du dépassement. Retirer sa contestation, dans le cadre d’une médiation sincère et responsable, ne devrait pas être interprété comme une défaite ou une capitulation.

Cela pourrait, au contraire, devenir un geste de hauteur.

Le geste d’un homme qui estime avoir défendu ses droits jusqu’à ce qu’une juridiction internationale lui reconnaisse le droit d’être entendu, mais qui décide ensuite de placer la stabilité et l’avenir du football sénégalais au-dessus de sa propre cause.

Il existe des victoires que l’on obtient dans les urnes ou devant les juridictions. Il en existe d’autres que l’Histoire accorde à ceux qui savent s’arrêter au bon moment pour préserver l’essentiel.

À ceux qui attisent le feu

Cet appel ne doit cependant pas être adressé à Mady Touré seul.
Il doit aussi être entendu par ceux qui, dans les différents camps, entretiennent les rancœurs, attisent les oppositions ou espèrent tirer un avantage personnel de la prolongation de la crise.

Il faut savoir arrêter.

Le football sénégalais ne peut pas devenir le terrain de règlement d’ambitions individuelles, de frustrations personnelles ou de calculs de positionnement.

À ceux qui poussent à l’affrontement, je voudrais simplement rappeler ceci :
aucun intérêt personnel ne peut être supérieur à l’intérêt du football sénégalais.

Ceux qui conseillent les protagonistes doivent donc avoir le courage de leur dire parfois ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. Le véritable ami n’est pas nécessairement celui qui vous encourage à poursuivre le combat ; c’est aussi celui qui sait vous dire quand l’intérêt collectif commande l’apaisement.

Il faut aussi savoir gagner avec humilité

L’appel à la responsabilité concerne également ceux qui ont remporté l’élection. Une victoire électorale ne doit jamais conduire au triomphalisme, à l’exclusion ou à l’humiliation de ceux qui ont perdu.
Gagner donne une légitimité ; cela impose surtout une responsabilité.
La nouvelle équipe dirigeante doit donc elle aussi faire preuve d’ouverture, d’humilité et de générosité.

Il faut tendre la main.

Il faut parler à ceux qui ne vous ont pas soutenus.

Il faut rassembler les compétences, y compris lorsqu’elles viennent d’un autre camp.

Car après une élection, il ne devrait plus y avoir le football des vainqueurs et celui des vaincus. Il ne devrait rester qu’un seul football : celui du Sénégal.

Tournons la page des élections

Notre football a suffisamment de défis devant lui pour que nous consacrions encore notre énergie à refaire indéfiniment l’élection d’août 2025.

La gouvernance, les infrastructures, la formation, le football amateur, les petites catégories, le football féminin, les clubs, l’arbitrage, le financement, la modernisation de nos compétitions et la préparation de l’avenir exigent toute notre attention.

L’élection était une étape. Elle ne peut pas devenir le projet du football sénégalais.

Il faut maintenant retrouver le chemin du dialogue.

Je lance donc un appel aux anciens présidents et dirigeants de la Fédération, aux grandes figures de notre football, aux internationaux qui ont porté haut les couleurs nationales, aux autorités sportives et à toutes les personnalités dont l’autorité morale peut contribuer à l’apaisement :
Sortez du silence.
Réunissez les protagonistes.
Parlez à Abdoulaye Fall.
Parlez à Mady Touré.
Parlez à leurs entourages.
Créez les conditions d’une médiation sincère permettant de refermer définitivement cette séquence électorale dans la dignité.

Et à Mady Touré, je lance cet appel : après avoir fait reconnaître votre droit à ce que votre recours soit examiné, envisagez maintenant le geste de dépassement qui peut contribuer à réunifier la famille du football sénégalais.

À Abdoulaye Fall et à ceux qui exercent aujourd’hui la responsabilité de conduire la Fédération : ouvrez davantage les bras, rassemblez et faites de l’humilité une force.

Aux différents camps : baissez les armes.

Aux conseillers de l’ombre : cessez d’attiser les braises.

Aux sages de notre football : prenez vos responsabilités.

Le Sénégal a besoin d’un football apaisé, uni et tourné vers l’avenir.
Personne ne gagnerait véritablement d’un football sénégalais durablement divisé. Mais nous pouvons tous gagner à le réconcilier.
Il est temps de tourner la page des élections.

Non pas en effaçant ce qui s’est passé.

Non pas en demandant à quiconque de renoncer à sa dignité.
Mais en décidant collectivement que l’intérêt supérieur du football sénégalais vaut davantage que nos victoires, nos défaites, nos ambitions et nos querelles personnelles.

Le football sénégalais est plus grand que chacun d’entre nous. Sachons enfin nous montrer à sa hauteur.

Par Arona Bathily
Vice Président Ligue de football de Dakar

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