Football Sénégalais : Changer l’entraineur ne suffit pas (Par Dr Papa Abdoulaye Seck)

La Fédération sénégalaise de football a décidé de se séparer de Pape Thiaw, à la suite de réelles erreurs constatées lors du Mondial. Une telle décision relève naturellement de sa responsabilité. Mais elle appelle, à mon sens, une question plus large : avons-nous évalué l’ensemble de notre écosystème footballistique avant de conclure que le changement d’entraîneur constituait la réponse appropriée ? En raisonnant uniquement à partir des erreurs du sélectionneur, nous faisons implicitement une hypothèse forte : tout aurait correctement fonctionné dans l’écosystème du football sénégalais, à l’exception de l’entraîneur et de son staff. Je n’ai pas connaissance d’une évaluation globale permettant d’étayer une telle conclusion. Or, dans le football comme dans beaucoup d’autres domaines, la performance d’une personne est indissociablement liée au système qui soutient, accompagne, oriente et parfois contraint ses décisions. Un entraîneur choisit, décide et assume ses responsabilités. Mais il ne travaille jamais dans le vide. Sa performance dépend aussi de la qualité de la gouvernance, de l’organisation, de la préparation, des moyens disponibles, de l’environnement des joueurs, de la coordination entre les différentes composantes et, plus généralement, de la solidité de l’institution qui l’emploie. C’est pourquoi une analyse centrée exclusivement sur l’entraîneur me paraît réductrice. Si des erreurs ont été commises par Pape Thiaw, elles doivent être identifiées, analysées et assumées. Mais la même exigence devrait s’appliquer à l’ensemble de la chaîne de responsabilité. Reconnaître les erreurs d’un entraîneur ne dispense pas d’interroger les défaillances éventuelles du système : responsabilité individuelle et responsabilité systémique peuvent parfaitement coexister. C’est même précisément pour cette raison qu’une véritable culture de la performance doit nécessairement s’accompagner d’une culture de l’évaluation.

Une question devient alors incontournable : qui évalue ceux qui évaluent ?

Il existe toujours un risque lorsque ceux qui prennent la décision sont, par construction, dispensés de toute évaluation. Le changement d’un entraîneur peut alors donner l’impression que le problème a été identifié et réglé, alors qu’il peut n’en représenter qu’une partie. L’évaluation d’une contre-performance sportive devrait donc dépasser la recherche d’une responsabilité individuelle. Elle devrait examiner le système dans son ensemble : ce qui a fonctionné, ce qui n’a pas fonctionné, ce qui relève du sélectionneur, ce qui relève des joueurs, ce qui relève de l’organisation et ce qui relève de la gouvernance. Une telle démarche ne viserait pas à diluer les responsabilités. Elle permettrait, au contraire, de mieux les situer. Elle offrirait également au nouvel entraîneur la possibilité de bénéficier des enseignements tirés de l’expérience précédente. Sinon, nous risquons de changer les hommes sans nécessairement corriger les mécanismes susceptibles de reproduire les mêmes difficultés.

Je souhaite donc pleine réussite à Vieira et à son staff. Leur succès sera celui du Sénégal et nous devons naturellement le souhaiter.

Mais je continue à défendre une conviction simple : ce ne sont pas seulement les individus qui gagnent ; ce sont d’abord des systèmes capables de mettre les individus en situation de gagner. Le talent d’un entraîneur est essentiel. Celui des joueurs également. Mais la performance durable naît de la rencontre entre des compétences individuelles et un environnement institutionnel performant.

Changer un homme peut parfois être nécessaire.

Évaluer et améliorer le système est toujours indispensable

Par Dr Papa Abdoulaye Seck

Ancien Ministre, spécialiste en politiques et stratégies agricoles, quadruple Académicien des sciences agricoles

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2 commentaires

  1. Vous oubliez un problème majeur. Eu égard au potentiel de nos jeunes dans d’autres sports, la culture de la performance doit elle se centrer uniquement sur le football. Le haut niveau mondial demande des moyens énormes que notre pays n’aura jamais. Par contre nous pouvons avoir des individualités de niveau mondial en athlétisme, en lutte, en boxe, … et nous n’en profitons pas. La Jamaïque, la Géorgie, … ont fait des choix et sont présents sur la scène internationale, comme les J.O. Dommage pour notre pays, dommage pour notre drapeau !!

  2. Bien dit, M.le ministre Seck. Une évaluation sans complexe de la FSF, est une priorité dans le but de lettre en place des dispositions capables de faire avancer notre football national.
    Le profane que je suis, dénonce le caractère pléthorique de cette fédération, ce qui se voit lors des matches à l’extérieur où tout le monde veut partir provoquant souvent des situations complexes. La coupe du monde 2026 en est une illustration.
    De grâce, que le ministère des sports prenne le taureau par les cornes en apportant les corrections nécessaires. C’est vrai, la fédération est une association mais assume des missions officielles que lui a confiées l’état à travers le ministère des sports.

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