Il y a quelque temps, des déplacés soudanais en provenance de régions telles que Al-Khawaï, Al-Doubeibat, Al-Hammadi et d’autres localités devenues des lignes de front dans le Kordofan occidental ont afflué vers El-Obeid. Ils se sont répartis entre des dizaines de centres d’hébergement provisoires, tandis que d’autres ont trouvé refuge chez des proches dans différents quartiers de la ville.
Ces personnes pensaient que leur périple marqué par la peur avait pris fin et qu’El-Obeid constituerait leur dernier refuge. Aujourd’hui pourtant, elles se préparent à un nouvel exode, selon le réseau soudanais Ayin, qui fait état d’une dégradation de la situation dans la ville.
La ville est confrontée à une crise du carburant et à des coupures d’électricité qui ont, à leur tour, provoqué une pénurie d’eau potable à la suite de l’arrêt de nombreux groupes électrogènes et pompes de distribution. L’accès à l’eau est ainsi devenu une épreuve quotidienne pour les habitants, en particulier pour les déplacés vivant dans les centres d’hébergement ou les camps situés à la périphérie de la ville, selon la même source.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies (WFP) a averti que la détérioration rapide de la situation à El-Obeid et dans ses environs, capitale de l’État du Kordofan du Nord, pourrait provoquer une nouvelle vague de déplacements massifs, aggravant encore la crise alimentaire catastrophique qui frappe déjà le pays.
Alors que les appels internationaux en faveur de la protection des civils se multiplient sur fond d’escalade militaire, le gouvernement de l’Alliance Taasis (Gouvernement de la paix) a annoncé son accord pour l’ouverture de couloirs sécurisés destinés aux civils dans la ville d’El-Obeid. Il a réaffirmé son engagement à faciliter et à garantir l’acheminement de l’aide humanitaire vers les personnes dans le besoin, sans entrave ni discrimination, en coordination avec les Nations unies ainsi qu’avec les organisations internationales et régionales, tout en offrant les garanties nécessaires aux civils souhaitant quitter la ville pour rejoindre des zones sûres.
Le gouvernement a également affirmé être prêt à poursuivre la coordination et le dialogue avec les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne, ainsi qu’avec les partenaires internationaux et régionaux, afin de parvenir à des mesures urgentes garantissant la protection des civils et l’atténuation de leurs souffrances, sous la supervision de la communauté internationale et de l’Union africaine.
Il a indiqué suivre avec une très grande attention les discussions en cours avec la communauté internationale concernant la protection des civils, la facilitation de l’accès à l’aide humanitaire et l’ouverture de couloirs sécurisés pour les civils à El-Obeid, tout en saluant les efforts internationaux visant à remédier à la dégradation de la situation humanitaire.
La rétention des civils
Dans un développement notable, l’armée basée à Port-Soudan a empêché les civils de quitter la ville, suscitant une vive indignation populaire, selon des médias soudanais, alors que les combats s’intensifient dans plusieurs régions.
Le réseau Rassed a publié sur la plateforme X une vidéo montrant des individus en tenue militaire empêchant des civils de quitter la ville. Selon le réseau, l’armée à El-Obeid utilise les civils comme boucliers humains et les empêche de se déplacer.
Dans ce contexte, la militante soudanaise Mariam Bashir affirme que l’armée n’a pas le droit d’empêcher un citoyen sans défense de quitter la ville d’El-Obeid afin de protéger sa propre vie et celle de sa famille. Dans une publication, elle écrit : « La protection des civils commence par l’ouverture de couloirs sécurisés et par la facilitation de leur départ, et non par des restrictions à leur liberté de mouvement au milieu de la mobilisation militaire. » Elle souligne également la nécessité d’« exercer une pression internationale sur l’armée afin qu’elle lève les restrictions imposées aux déplacements des citoyens ».
Selon plusieurs observateurs, cette politique s’inscrit dans une stratégie de l’armée basée à Port-Soudan et des Frères musulmans visant à concentrer l’attention internationale et médiatique sur la ville d’El-Obeid en alimentant l’hypothèse d’une attaque imminente et en l’associant à une campagne d’accusations dirigée contre les forces de Taasis et leurs alliés.
Toujours selon ces observateurs, les références répétées à une « attaque imminente contre El-Obeid » interviennent au moment même où des mouvements militaires de l’armée et des forces qui lui sont alliées sont signalés dans le Kordofan du Nord, ce qui laisse penser à une tentative de détourner l’attention des préparatifs militaires en cours à Jabrat al-Cheikh et à Rahid al-Nouba.
Des observateurs soulignent que le fait d’empêcher les civils de quitter El-Obeid par l’armée et les milices contredit les affirmations relatives à la protection de la population et soulève des interrogations quant à l’utilisation de leur présence dans la ville à des fins militaires et médiatiques.
Une stratégie de désinformation
Par ailleurs, des observateurs estiment qu’avec la poursuite de la guerre, les Frères musulmans soudanais sont entrés dans une nouvelle phase fondée sur une « guerre médiatique ouverte », à travers la mise en place d’un vaste réseau de chaînes, de plateformes, de sites internet et de pages sur les réseaux sociaux reposant essentiellement sur la désinformation.
Naïla Al-Sulaibi affirme que les forces de Port-Soudan adoptent le récit de la « bataille de la dignité », présentant la guerre comme une défense de la souveraineté de l’État et de ses institutions contre une « milice rebelle » et des mercenaires étrangers. À cette fin, elles s’appuient sur la télévision publique, un réseau d’influenceurs sur les réseaux sociaux et un discours mêlant références religieuses et nationales afin de rallier le soutien populaire.
Dans le même contexte, des fuites et des sources concordantes citées par le site Al-Rakoba révèlent que des responsables des médias proches du groupe des « Kizan » — appellation locale de l’organisation des Frères musulmans et du Mouvement islamique au Soudan — ainsi que du Parti du Congrès national, branche politique de cette organisation, ont tenu une réunion d’urgence par visioconférence sur Zoom afin d’élaborer un vaste plan médiatique destiné à prolonger la guerre et à faire obstacle à toute initiative ou négociation susceptible de conduire à un cessez-le-feu.
Selon le journal, cette réunion s’est tenue sur instruction directe de dirigeants du Parti du Congrès national, affiliés aux Frères musulmans. Les décisions prises portent notamment sur l’activation de l’appareil de propagande afin de diffuser des discours de désinformation selon plusieurs axes : publier des informations faisant état de victoires militaires fictives pour renforcer le moral de leurs combattants ; convaincre l’opinion publique que la guerre est proche de son terme afin de masquer les récentes pressions économiques ; orienter les campagnes médiatiques pour discréditer tout éventuel accord de cessez-le-feu ; et accuser de trahison les partisans de la paix en les présentant comme des conspirateurs contre la souveraineté nationale.
Le journal ajoute que « l’objectif principal du Mouvement islamique (Frères musulmans) à travers cette campagne intensive est de détourner l’attention du peuple soudanais de l’aggravation de la situation humanitaire et de masquer la fragilité de sa position militaire, mise en évidence par les récentes sanctions américaines ».
Investir dans le chaos
Dans le même registre, Khalfan Sultan Al-Kindi affirme que les Frères musulmans soudanais ont « investi dans le chaos au détriment de la patrie », en rejetant les transformations politiques réclamées par les masses soudanaises, au premier rang desquelles figure la construction d’un État civil démocratique fondé sur l’alternance pacifique du pouvoir et la fin de plusieurs décennies d’emprise partisane.
Selon lui, les pratiques du mouvement et son discours au cours des dernières années révèlent « un schéma récurrent consistant à exploiter les crises plutôt qu’à rechercher des solutions. Chaque fois que les parties se rapprochent de la table des négociations, les discours de suspicion, d’accusation de trahison et de mobilisation idéologique s’intensifient. »
Il ajoute : « Comme si la paix représentait une menace directe pour leur projet politique, tandis que la guerre constituait une occasion de rebattre les cartes et de prolonger leur influence au sein de certaines institutions et de certains centres de pouvoir. »
Il souligne enfin que « le plus dangereux est cette volonté persistante de transformer la guerre, d’un conflit politique et militaire, en une bataille existentielle et identitaire, à travers un discours de mobilisation invoquant des slogans idéologiques et alimentant les divisions au sein de la société. » Il poursuit : « Cette approche ne vise ni à protéger l’État ni à préserver son unité, mais à fermer la voie à tout règlement politique et à maintenir la société dans un état permanent de polarisation servant davantage les intérêts du mouvement que ceux de la nation. »
