Les 30 et 31 juillet 2026, plusieurs dizaines de milliers de personnes, principalement de jeunes Marocains, ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta à la nage. Ce drame a causé la mort d’au moins 72 personnes selon les autorités espagnoles, et jusqu’à 130 selon des associations marocaines des droits humains.
À l’origine de cet afflux sans précédent, une rumeur virale. Le 8 juillet, le Tribunal constitutionnel espagnol a rendu une décision : les migrants arrivant à la nage ne peuvent plus être refoulés immédiatement et doivent voir leur situation examinée individuellement. Sur les réseaux sociaux, cette décision a été déformée, laissant croire que toute personne atteignant Ceuta ne serait plus jamais renvoyée. En vingt-deux jours, la rumeur a enflammé les discussions, poussant des milliers de jeunes à se lancer.
Le site marocain Médias 24 a réfuté les théories du complot, qui accusaient Rabat d’avoir orchestré la traversée. De son côté, Le Monde Afrique a montré que des groupes WhatsApp et des comptes dédiés à l’exil ont amplifié la rumeur, sans qu’un ordre de départ n’ait été donné. RFI Afrique a précisé que la décision du Tribunal constitutionnel ne permettait pas de régulariser automatiquement les migrants.
Mais au-delà de la rumeur, le chômage des jeunes Marocains a fourni un terreau fertile. Afrik.com rapporte qu’au deuxième trimestre 2026, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 27 %, et que plus de quatre jeunes sur dix étaient sans emploi. Le chercheur Boubacar Seye a estimé que ces causes structurelles — inégalités, précarité, manque de perspectives — expliquent la propension de milliers de personnes à risquer leur vie.
La plupart des migrants ont depuis quitté l’enclave, certains volontairement, d’autres après avoir été expulsés. Des bus ont rapatrié les candidats à l’exil vers différentes villes marocaines. Un jeune homme, visiblement soulagé, annonçait qu’il rentrait chez lui à Tanger, mais montrait une ecchymose à l’épaule, blessure qu’il attribuait à un coup de club de golf reçu de la part d’habitants de Ceuta.
