Dr Masse Ndiaye : « Le président Diomaye m’a finalement convaincu de rejoindre le PASTEF »

Après une longue réflexion sur l’évolution du pouvoir et les tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le politiste Dr Masse Ndiaye annonce son adhésion au PASTEF. Dans une tribune envoyée à Senego, il explique les raisons de son choix et critique notamment les nouvelles orientations du président de la République.

******0******

POURQUOI J’AI REJOINT LE PASTEF
Ma réflexion sur l’idée de rejoindre le PASTEF et de m’engager, une fois encore, dans le combat pour un Sénégal souverain, après l’élection de Bassirou Diomaye Faye, a coïncidé avec la campagne lancée par le parti pour atteindre un million d’adhérents.
Après avoir longuement réfléchi à ce qui s’est passé au cours de ces deux dernières années, notamment au niveau du leadership du tandem Diomaye-Sonko, j’ai décidé de prendre part au combat du PASTEF afin de contribuer à remettre sur la bonne voie ce qui avait été présenté au peuple sénégalais comme la promesse d’un Sénégal prospère et souverain dans une Afrique en pleine mutation.
En tournant progressivement le dos à ses anciens compagnons pour se rapprocher de nouveaux amis et soutiens, dont certains avaient auparavant tout fait pour compromettre sa candidature, le président Diomaye m’a finalement convaincu de rejoindre le PASTEF pour défendre le Projet et l’idéal de souveraineté qu’il porte.
Je serais probablement resté sympathisant indépendant et simple observateur si la rupture entre Diomaye et Sonko résultait simplement de divergences de vues sur la République, la démocratie ou même sur les politiques à mettre en œuvre pour concrétiser le projet qu’ils avaient présenté au peuple sénégalais.
Je serais également resté neutre dans ce conflit si leurs divergences étaient simplement le produit de la découverte des réalités du pouvoir par le président Diomaye. Il faut reconnaitre que gouverner, ce n’est pas s’opposer. Dans le premier cas, il faut porter de lourdes responsabilités et prendre des décisions critiques ; dans le second, on peut critiquer ceux qui exercent le pouvoir sans assumer directement la responsabilité de la mise en œuvre des politiques publiques.
Si le président Diomaye avait demandé à M. Ousmane Sonko de quitter la Primature parce qu’il estimait ne plus pouvoir honorer ses engagements et son serment constitutionnel du fait que la présence de ce dernier lui faisait ombrage, j’aurais pu comprendre une telle posture. J’aurais même attendu de M. Sonko qu’il s’efface volontairement afin de permettre au président Diomaye d’exercer pleinement les responsabilités que lui confère sa fonction et de mettre en œuvre le Projet porté par le PASTEF.
Cependant, à ma grande déception, devant la détérioration croissante du partenariat entre ces deux dirigeants, rien de tout cela ne semble véritablement expliquer ce qui s’est produit.
Le revirement du président Diomaye dans ses choix, ses ambitions et sa détermination politique se manifeste clairement dans la manière dont il s’est progressivement éloigné de ses anciens alliés pour se rapprocher de nouveaux compagnons, tout en construisant une entité politique rivale destinée à conquérir et à conserver le pouvoir au détriment de Sonko et de ses anciens associés du PASTEF.
Ce faisant, Diomaye semble avoir sacrifié une partie des idées et des idéaux qui avaient présidé à la création du PASTEF et constitué la plateforme de leur combat : la vision d’un Sénégal davantage indépendant des influences extérieures, plus autonome dans l’élaboration de ses politiques publiques et plus souverain dans la gestion de ses ressources. À la place, il semble recentrer le capital politique dont il dispose indépendamment du PASTEF autour de la consolidation et de la protection de sa propre trajectoire politique.
En deux petites années, cette formule dont il revendique la paternité : « le don de soi pour la Patrie » sonne creux et renvoie à une partie de son passe politique.
Face à la nécessité de construire une administration publique neutre, intègre, compétente et efficace, capable de faire du « Jub, Jubal, Jubbanti » une réalité, le président Diomaye semble, au contraire, de plus en plus disposé à faire de la loyauté personnelle l’un des critères pour nommer a des postes de ministre, de directeur ou à toute autre haute fonction au sein de son administration.
Comment expliquer autrement le rythme des limogeages de personnes initialement choisies pour leurs compétences et leur expérience, puis leur remplacement par des individus dont la qualification la plus visible semble parfois être la loyauté et le militantisme politique ?
Plus fondamentalement encore, le président Diomaye me semble de moins en moins être le dirigeant capable d’atteindre l’objectif qui constitue le défi le plus redoutable auquel cette génération est confrontée : la souveraineté de pensée et d’action pour un Sénégal émergent.
Le pays traverse une période économique extrêmement difficile, aggravée par la mauvaise communication autour de ce que l’on appelle désormais la « dette cachée ». Quelles que soient les réalités héritées du gouvernement précédent, la manière dont cette question a été communiquée constitue, à mes yeux, une grave erreur de gouvernance commise conjointement par Diomaye et Sonko, alors qu’ils n’étaient nullement obligés de la commettre. Les conséquences économiques ont été importantes, et les deux dirigeants doivent assumer leur part de responsabilité.
Enfin, il y a la création de KIRAAY – Les Patriotes républicains, présenté comme un « bouclier républicain ». En se servant des attributs et des avantages que lui confère sa position à la tête de la République pour construire une nouvelle force politique face à d’anciens compagnons devenus progressivement des adversaires, le président Diomaye prépare une confrontation politique, pour ne pas dire politicienne, contre le PASTEF.
Plus problématique encore, cette démarche contribue à installer l’idée d’un PASTEF dont il faudrait désormais protéger la République, alors même que ce parti et son leader ont joué un rôle décisif dans son accession à la magistrature suprême. Dans son discours présentant KIRAAY, la métaphore de l’épi de mil porteurs d’espoir, menacé par l’herbe opportuniste appelée « Jeumb », illustre d’ailleurs la nouvelle ligne de fracture politique qui s’est produite.
En franchissant la ligne politique consistant à créer une nouvelle organisation partisane alors qu’il exerce la fonction présidentielle, le président Diomaye révèle, d’une part, la fragilité de sa légitimité politique propre et, d’autre part, semble s’inscrire dans le sillage de générations de dirigeants africains qui ont trop souvent considéré le parti politique comme un simple véhicule au service d’objectifs personnels : se faire élire, contrôler le pouvoir, distribuer des prébendes et entretenir une clientèle politique.
C’est précisément ce qui rend le moment actuel si décevant.
Avec l’émergence de partis comme le PASTEF, nous avions commencé à croire que la politique africaine pouvait évoluer au-delà des schémas familiers du néo-patrimonialisme, du clientélisme et de la personnalisation du pouvoir présidentiel.
Nous espérions qu’une nouvelle génération de dirigeants africains démontrerait enfin que les organisations politiques pouvaient se construire autour des idées plutôt que des individus, autour des institutions plutôt que des personnalités, et autour de la transformation nationale plutôt que de la préservation des carrières politiques.
Nous espérions enfin voir émerger des dirigeants capables de conduire le navire africain vers un cap clairement défini, plutôt que de démontrer leur habileté à manœuvrer dans les eaux troubles de la politique politicienne.
President Diomaye nous rappelle que les vieilles habitudes ont la vie dure.
Il nous rappelle également que la souveraineté demeure l’un des grands défis inachevés auxquels sont confrontées les jeunes générations africaines.
Cette souveraineté doit être politique, économique et institutionnelle. Mais elle doit, avant tout, commencer par une souveraineté de la pensée : notre capacité à imaginer nous-mêmes notre avenir, à faire nos propres choix, à contrôler nos propres ressources et à construire des institutions politiques qui ne soient pas de simples instruments au service des ambitions individuelles de nos dirigeants.
C’est pourquoi j’ai choisi de ne plus rester simple sympathisant, mais de devenir un militant engagé et d’apporter ma pierre à l’édifice.
C’est pourquoi j’ai rejoint le PASTEF.
Mais cette décision dépasse désormais mon propre engagement. Elle pose une question qui nous concerne collectivement : quel Sénégal voulons-nous construire ?
Voulons-nous poursuivre, malgré les difficultés et les inévitables contradictions de l’exercice du pouvoir, la transformation politique qui nous avait été promise ? Ou voulons-nous revenir aux pratiques que nous pensions pouvoir dépasser : le néo-patrimonialisme, le clientélisme, la personnalisation du pouvoir et la construction de partis politiques au service des ambitions individuelles ?
Si le choix qui se présente à nous est celui entre la difficile poursuite de cette transformation et le retour à ces pratiques familières, alors notre responsabilité est de choisir.
Nous choisissons le Projet.
Nous choisissons la souveraineté.
Et pour ma part, c’est précisément pour cela que j’ai rejoint le PASTEF.

Dr Masse Ndiaye
Politiste
New Orleans, Louisiana, USA
massendiaye@gmail.com

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l'exprimer dans un langage respectueux.

";

3 commentaires

  1. Les états unis l’ont fait pour influencer orienter et diriger leurs politiques étatiques publiques.

    Que la constitution Sénégalais considèrent les Confréries (l’Arme la plus Absolue du pays) comme des Think tanks pour le Developpement et sortons de ces sentiers battus de grâce …

  2. La place que les loges maconniques ont au Senegal Revient plus que légitiment aux Confréries Religieuses

Laisser un commentaire