Un distinguo pour apaiser les craintes
Le débat sur la dette publique du Sénégal prend un nouveau tour. Bakary Séga Bathily, directeur général de l’Agence nationale chargée de la promotion de l’investissement et des grands travaux (Apix), a tenu à clarifier la position des autorités face aux interrogations des investisseurs. Pour lui, il est essentiel de ne pas confondre le niveau de la dette avec sa soutenabilité, un argument qu’il développe pour rassurer les partenaires économiques du pays.
Cette prise de parole intervient dans un contexte marqué par des alertes répétées d’économistes et d’institutions internationales. En décembre 2025, la Banque mondiale avait révélé que 40 % de la dette publique sénégalaise était détenue par des créanciers privés, un chiffre qui avait suscité des inquiétudes sur la capacité du pays à honorer ses engagements (Jeune Afrique). Le ratio dette/PIB, bien que non précisé dans les rapports récents, reste un sujet de préoccupation pour les observateurs.
Un modèle de croissance remis en question
Les critiques ne manquent pas. En mai 2026, l’économiste Ndongo Samba Sylla avait qualifié certains projets d’infrastructure, comme le TER et le BRT, de « projets Ponzi », estimant qu’ils n’avaient pas d’impact significatif sur les exportations ou la réduction de la dépendance aux importations. Une analyse partagée par le Pr Ahmadou Aly Mbaye, qui avait mis en garde contre la montée de la « mauvaise dette », celle finançant les dépenses courantes plutôt que les investissements productifs.
Face à ces critiques, Bakary Séga Bathily assume une position différente. En tant que responsable de l’Apix, son rôle est de promouvoir les investissements et de contribuer à la mise en œuvre de la stratégie nationale « Sénégal Émergent ». Pour lui, la soutenabilité de la dette ne se mesure pas uniquement à son volume, mais aussi à la capacité du pays à générer des revenus pour la rembourser. Une approche qui vise à maintenir la confiance des investisseurs, essentiels pour le financement des grands projets en cours.
La structure de la dette sénégalaise, telle que révélée par la Banque mondiale, montre une répartition équilibrée entre créanciers multilatéraux (41 %), privés (40 %) et bilatéraux (19 %). Parmi ces derniers, la Chine représente 8 % de l’encours, devant la France (5 %) et le Japon (1 %). Cette diversité des créanciers est présentée comme un atout par les autorités, qui y voient une garantie de stabilité financière.
Bakary Séga Bathily insiste sur la nécessité de ne pas céder à la panique. Selon lui, les indicateurs macroéconomiques du Sénégal, combinés à une gestion rigoureuse, permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. Une déclaration qui intervient alors que le pays traverse une période de transition politique, marquée par l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en mars 2024.
